Mémoire et territoire. Un conflit au présent. Anna Zisman

N°4 Printemps 2002

MÉMOIRES DES LIEUX

Anna Zisman

 

  A Montpellier, depuis le milieu des années 90, un morceau de ville sort de terre. Au sud-est de la ville, dans le prolongement du quartier Antigone, conçu par l’architecte catalan Ricardo Bofill il y a vingt ans, Montpellier continue son expansion vers la mer. Cette gigantesque opération urbanistique s’étend sur plusieurs centaines d’hectares dont la construction devrait être achevée d’ici 2025. De grands noms de l’architecture sont conviés pour réaliser ce qui sera la nouvelle entrée de la ville : Rob Krier, Adrien Fainsilber, Claude Vasconi, Christian de Portzamparc… Ce n’est pas un nouveau quartier qui peu à peu occupe les rives du Lez, petit fleuve qui relie la ville à la côte méditerranéenne, distante de sept kilomètres. C’est beaucoup plus que cela : ce sont trois Zones d’Aménagement Concertées, une Faculté de Sciences Économiques, des immenses parcelles réservées à l’activité tertiaire, un nouvel Hôtel de Ville. C’est aussi un nom, qui à lui seul évoque la volonté d’expansion d’une ville qui se tourne résolument vers la mer : Port Marianne. Et en effet, un port fluvial est dessiné sur les plans du projet, prévu pour accueillir 300 bateaux de plaisance venus s’amarrer là depuis Palavas-les-Flots, après avoir remonté le Lez canalisé jusqu’à Montpellier.

        J’ai travaillé[1] sur ce passage entre l’image du projet urbain, présenté dès 1988 par le service « Communication » de la ville, et sa concrétisation quotidienne. Il s’est alors engagé une réflexion sur les modalités d’intervention du politique dans la production d’un lieu urbain. La municipalité[2] est en effet apparue au cœur d’un processus symbolique : la création d’un territoire dans la ville. J’ai ainsi établi une interaction entre ce que j’observais sur le lieu même du projet en construction et ce qui se jouait à un niveau plus général, en l’occurrence à la mairie, instigatrice de l’idée que Montpellier deviendrait méditerranéenne, étendant son influence urbanistique, politique et culturelle jusque vers la côte.

        En effet, dans ce contexte animé par l’évolution quotidienne de la construction de Port Marianne, par l’inscription du projet dans le futur de la ville, le discours municipal intègre l’opération immobilière dans une tout autre dimension : il fait très largement intervenir l’histoire montpelliéraine dans la conception du projet. En plus d’exister à travers un futur engendré et entretenu par la municipalité au moyen de la diffusion d’informations, d’affiches, de panneaux, de plaquettes, de discours, Port Marianne traverse ainsi aussi une autre temporalité. La politique de communication offre un passé à Port Marianne. La nouvelle portion de ville s’installe sur le lieu qui fit la prospérité de Montpellier : son port fluvial, qui reliait la ville médiévale à tous les comptoirs de commerces méditerranéens, aujourd’hui disparu mais dont la place privilégiée au sein de la mémoire locale est savamment cultivée et ravivée par le discours municipal.

        C’est finalement à une réflexion sur l’imaginaire du temps que m’a menée ce travail ; sur cette approche du passé, d’une tradition autochtone, éminemment politique et tendue vers l’inscription à la fois symbolique et physique dans le lieu, vers une pérennité qui vient chercher le fondement de sa chronologie dans l’histoire locale.

        Le terrain[3] m’est toujours apparu comme quelque chose de mouvant, de difficilement perceptible. Il n’en émergeait que des grues, érigées aux côtés de panneaux destinés à offrir une représentation des futurs immeubles en construction. Pas de rues. Pas de commerces. Pas d’établissements publics. Juste quelques immeubles dont les fenêtres n’avaient pas eu le temps de se couvrir de rideaux. Très peu de passants. Tout autour, le bruit des bulldozers. Et Port Marianne, c’est, aujourd’hui encore, justement cela : tout ce qui démontre que rien encore n’est comme ce qui sera, que le projet continue d’être projet, que son paysage ne ressemble jamais à celui du lendemain.

        Mais il y a bien pourtant un présent qui s’est établi ici — malgré ce passé qu’on impose au lieu, malgré les lendemains qui semblent arriver plus vite que l’installation d’un quotidien en sursis. Il y a bien sûr ce gigantesque chantier qui accapare l’environnement sonore et visuel des deux rives du Lez. Il y a toutes ces existences qui viennent s’installer dans les nouveaux immeubles. Et il y a aussi le quartier mitoyen des Barques, avec ses quelques habitants qui continuent de sarcler leur potager à l’ombre des bâtiments neufs, attendant midi pour voir le soleil caresser les tomates qu’ils plantent là depuis près de cinquante ans, depuis qu’ils ont construit leur pavillon dans ce lotissement qui n’était pas encore viabilisé.

        J’ai vu apparaître le mélange de toutes ces temporalités dans leur imbrication quotidienne : la construction du projet, entraînant le regard toujours au-delà du Port Marianne existant, l’agencement des vies qui se greffent au cœur des nouveaux immeubles ainsi plongés dans une actualité au jour le jour, et l’apparente pérennité du quartier des Barques, réfugié dans un immobilisme de façade pour tenter de résister aux assauts du présent. Les habitants des Barques arrêtent et protègent leur territoire derrière les frontières de leur mémoire. Face aux bouleversements de leur environnement, ils consolident leurs souvenirs qu’ils cristallisent dans un présent qui les dépasse. Ils habitent dans leur mémoire ; la mémoire comme lieu. Une « mémoire-local » ? Ils nient en effet la présence de Port Marianne autant que le nouveau quartier éclipse l’unicité de celui des Barques. Personne d’autre d’ailleurs ne parle de ce qu’ils sont les seuls à considérer comme un espace déterminé, qui n’existe plus que dans leur discours. Ils habitent un lieu dont on ne perçoit les contours qu’à travers leur récit.

        L’analyse de cet enfermement symbolique, avec seulement quelques voix isolées pour témoignage, conduit à comprendre le processus mis en œuvre par les habitants pour asseoir leur présence au sein d’un quartier désormais invisible.Ce texte évoque une expérience de terrain, avec tout ce qu’elle comporte d’anecdotique. Le nombre d’interlocuteurs est très limité — les « anciens » du quartier des Barques sont de moins en moins nombreux — et, tant la perception que la relation de leur passé sont émaillées de cet impressionnisme qui caractérise certaines enquêtes. C’est dans cet état de fragilité que sont présentés ici les éléments de l’analyse. Des souvenirs d’habitants, des sensations de l’enquêtrice : des matériaux pour mieux comprendre la réalité actuelle du quartier, entraîné malgré lui dans une histoire qui le dépasse. Un épisode à replacer dans l’ensemble des travaux qui questionnent le rapport entre mémoire locale et territoires au présent.

 

Le quartier des Barques face à Port Marianne : deux histoires montpelliéraines

        Ce sont deux rues de Montpellier qui forment à elles seules le quartier des Barques. Il se réduit en effet aux rues des Barques et des Gabares. Une dizaine de pavillons, tous construits dans les années 30-40, s’élèvent au milieu de leur potager soigné, couverts de rosiers, de glycine et de géraniums. Les propriétaires les ont bâtis eux-mêmes, sans permis de construire. Dans les années 60, ils ont obtenu la viabilisation du lotissement. Les Barques, à la périphérie est de la ville, devenait alors, officiellement, un quartier montpelliérain. Il était ce quartier dont on ne savait pas vraiment qui l’habitait : ceux qui en avaient édifié les quelques pavillons, ou la communauté gitane, qui vivait là depuis les années 50, sur les terrains vagues dispersés entre les potagers cloisonnés et les rives du Lez. La viabilisation a coïncidé avec l’expulsion des Gitans, relogés dans une cité construite à cet effet dans une autre périphérie de la ville.

        Trente ans plus tard, l’espace jadis occupé par les Gitans est investi par les premiers immeubles de Port Marianne. Depuis 1994, des centaines de nouveaux habitants s’installent dans les bâtiments d’une des ZAC du projet immobilier, les « Consuls de mer », bâtie sur la rive droite du Lez, à la lisière des pavillons du quartier des Barques. Les terrains vagues disparaissent les uns après les autres, et les potagers restent dorénavant dans l’ombre des immeubles. Les deux rues des Barques et des Gabares subsistent, dans leur immobilisme, au milieu des remous des chantiers. La rue des Gabares constitue en effet une limite significative entre le quartier des Barques et Port Marianne. A droite, les pavillons, toujours sur le même modèle — une maison avec un étage au centre d’un terrain arboré, fleuri, et cultivé avec soin. A gauche, les immeubles des Consuls de Mer. L’ancien et le neuf, l’individuel et le collectif cohabitent sans s’interpénétrer. La rue des Gabares pourrait presque s’appeler « les » rues des Gabares. Selon que l’on marche sur l’un ou l’autre des trottoirs, on se trouve dans le quartier des Barques ou à Port Marianne. D’un côté on peut apercevoir une vieille femme désherber son carré d’iris, de l’autre des jardiniers ramener de la terre au pied des palmiers plantés dans les bacs installés entre les nouveaux immeubles. Les bruits, les odeurs, les couleurs, sont différents ; les deux trottoirs de la rue des Gabares ne sont pas face à face, mais bien plutôt l’un derrière l’autre. Le quartier des Barques derrière celui de Port Marianne.

        A vrai dire, si on le traverse en voiture, ou même à pied, on ne ressent déjà plus que ces deux rues forment un quartier. On voit d’abord les nouveaux bâtiments de Port Marianne, puis quelques maisons, puis encore des immeubles neufs. Le regard passe directement des uns aux autres. Les pavillons du quartier des Barques se sont presque effacés derrière les ombres des immeubles tout juste construits. On ne les regarde plus, on ne les remarque plus. Ils sont comme dissous dans l’ensemble de Port Marianne. Il n’y a finalement que leurs habitants, ceux qui sont arrivés au moment où ces maisons sont devenues un quartier, qui sentent encore qu’ici, dans les deux rues des Barques et des Gabares, ce n’est pas comme sur le trottoir d’en face. Parce qu’en effet, même si la différence est presque physiquement palpable d’un côté à l’autre, ce qu’on voit en passant, c’est Port Marianne. Le quartier des Barques a disparu derrière l’évidence de Port Marianne.

        Après les Gitans, les immeubles de Port Marianne viennent ainsi à nouveau brouiller la perception que les habitants des Barques ont de leur quartier. Et pour continuer de marquer leur identité de premiers occupants du lieu, ils ont aujourd’hui recours au souvenir du temps où, justement, tandis qu’ils étaient confrontés à la présence de la communauté gitane, les liens s’étaient resserrés entre eux. Pour résister au présent qui les envahit, ils se réfugient dans un passé dont ils aiment se souvenir comme d’une aventure dont ils seraient sortis victorieux. Les Gitans ont été expulsés, à leur demande ; face aux immeubles qui continuent inexorablement d’obstruer leur horizon, les habitants du quartier des Barques continuent de se produire en acteurs maîtres de l’espace qu’ils ont créé. Ce sont leurs souvenirs qui légitiment leur présence ici, et donnent à leur lieu de vie une cohérence rassurante et structurante face à la progression des chantiers de Port Marianne. Mais poser leur mémoire en garante de la persistance de l’existence du quartier, c’est accepter implicitement qu’il disparaîtra avec eux. Ils produisent alors leur récit comme dernier rempart contre le temps, contre la ville nouvelle qui bientôt surpassera les frontières de cet espace qu’ils avaient été les premiers à investir.

 

La communauté gitane, un ciment à souvenirs 

        A la manière dont ils évoquent aujourd’hui la période où la communauté gitane vivait à leurs côtés, on comprend que les Gitans ne faisaient pas que partager le territoire des habitants des Barques. Ils étaient, eux aussi, des acteurs du quartier, à qui l’on attribue, a posteriori, un rôle de premier plan dans le passé du lotissement. Tantôt dispensateurs d’un folklore joyeux et convivial dont le quartier n’aurait jamais perdu le souvenir ni les bienfaits, tantôt témoignages de la mansuétude de leurs voisins propriétaires et sédentaires, tantôt sujets de crainte et de dégoût, les Gitans ne sont certes pas présentés aujourd’hui comme des passants anodins dans l’histoire du quartier des Barques. Aujourd’hui encore, ils habitent l’esprit des résidents des Barques, et constituent un élément significatif de leur lieu de vie. Les Gitans sont ceux dont ils ont spontanément envie et besoin de parler au moment d’évoquer leur quartier. Ils sont ce qui permet de traduire leur présent ici, chargé pour tous de la même mémoire, marqué par les mêmes sentiments ambigus vis-à-vis de la communauté expulsée.

        Le couple V. se présente à la fois comme ceux qui connaissaient le mieux les Gitans et comme les chefs de file du mouvement qui aboutit à l’expulsion de la communauté. Ils ont en effet été à l’origine de nombreux courriers accusateurs, rédigés au nom des quatorze propriétaires que comptait à cette époque le quartier des Barques. En voici quelques extraits :

« Monsieur le Préfet

(…) Au bout du chemin des barques, sur un terrain vague et dans l’ancien château en démolition, vivent une trentaine de familles (très nombreuses) logées sous des baraques en planches, vieilles remorques, vieilles roulottes, cars, etc... (bidonville).
Ces gens-là se trouvent dans un état de saleté, d’infection, sans hygiène, sans moralité (il est fréquent de voir des grandes personnes, hommes ou femmes, à poil faire leurs besoins à la vue de tous nos enfants et en bordure de nos maisons), et nous sommes obligés tous les jours de faire nous-mêmes la police.
Actuellement nous sommes à bout de cet état de chose, et les esprits s’échauffent de plus en plus, nous vous demandons de bien vouloir prendre les mesures qui s’imposent, afin de faire évacuer rapidement et totalement ces indésirables. (...) »
  [1961]

« Monsieur le Président,
(…) Le quartier des Barques à Montpellier comprend d’une part une population gitane importante, sale et fainéante, vivant au détriment de la société d’allocations familiales et de bons du bureau de bienfaisance (alimenté par les contribuables). (…)
D’autre part, 14 propriétaires, qui sont d’autant plus révoltés qu’ils savent très bien qu’il a été débloqué 80 MILLIONS d’anciens francs par la CAF pour la construction de logements dont 40 familles gitanes du quartier doivent bénéficier.

Ces 14 familles propres aimeraient bien elles aussi avoir droit à quelques avantages, si nos terrains devenaient lotissement urbain nous aurions droit aux prêts et aux primes, ce qui nous permettrait soit d’agrandir nos logements, soit de construire du neuf pour loger nos familles correctement. (...) » [nov.61]

« Monsieur le Ministre,
Nous avons lu dans le quotidien local que certaines villes de notre région allaient bénéficier d’un programme d’urbanisme ultramoderne (…). Nous ne pouvons que nous réjouir de ces dispositions propres à embellir notre cité. Il nous serait toutefois utile d’attirer votre attention sur la lèpre que constitue pour nous, habitants du quartier des Barques, la présence de nomades à nos portes. (...) QUE FAUT-IL faire ? (…) Nous ne sommes pourtant pas des parias, mais des Contribuables au même titre que les autres Montpelliérains (...) » [déc.61]

        Les V. et les co-signataires de ces courriers étaient alors partagés entre le désir de voir partir les Gitans et l’exaspération qu’ils éprouvaient d’avoir le sentiment de devoir payer, via les contributions qu’ils versaient chaque mois aux allocations familiales, la construction des immeubles qui allait permettre le futur relogement de la communauté gitane. Mais plus importante encore est la crainte qu’ils éprouvaient d’être assimilés à ceux-là mêmes qu’ils accusaient de tous les maux. Eux justement payaient des impôts, et auraient mérité à ce titre des avantages en conséquence, ce qui les aurait différenciés d’autant plus de leurs voisins nomades. Ils aspiraient à des conditions de vie plus radicalement différentes de ceux qu’ils observaient quotidiennement. Ils voulaient finalement se démarquer de ceux dont ils étaient si proches. Ils avaient conscience de la fragilité de la frontière — géographique, et, plus insidieusement, humaine — qui les séparait des Gitans.

        Or, aujourd’hui, les habitants du quartier des Barques sont à nouveau confrontés à une population dont ils doivent gérer la survenue sur leur territoire. La bataille qu’ont livrée les V. et leur voisins contre les Gitans semble se rejouer face aux nouveaux venus de Port Marianne. Et l’une des armes employée pour exister face à la poussée des immeubles des Consuls de mer est de rappeler la lutte menée contre les Gitans qui s’étaient installés au même endroit il y a quarante ans. Le but étant d’affirmer leur appartenance à ce lieu qu’ils estiment être le leur en se référant sans cesse au passé et à la manière dont ils ont su maîtriser la présence des Gitans sur leur territoire. Il s’agit en effet désormais de bons souvenirs qu’ils racontent volontiers :

 « Mr V. : Moi, je suis allé à des noces qu’ils ont faites dans un terrain vague à côté. Il y avait Manitas de la Plata. Ils font de la musique, bon, ben voilà, quoi ! Nous, de ce point de vue là, on n’a rien contre eux.
Mme V : Ils nous aimaient beaucoup. Même qu’un jour, figurez-vous qu’on les a rencontrés au cimetière, peut-être trois ou quatre ans après leur relogement, et ils nous ont dit ‘on te regrette Vincent, il faudrait que tu viennes nous voir chez nous pour t’occuper de nous !’ ».

        Tant pour les V. que pour les M. ou madame S., que j’ai aussi interrogés, les Gitans représentent un élément fédérateur de la mémoire des habitants des Barques. Parler du quartier, c’est inévitablement évoquer le passé partagé avec la communauté gitane, c’est se réunir autour de ce souvenir marqué par la saleté et les accents enivrants de la guitare de Manitas de Plata, c’est se rappeler un autrefois pour mieux réaliser qu’eux-mêmes sont toujours ici, sur un territoire qu’ils ont su garder jusqu’à aujourd’hui. A travers les courriers des V., signés par tous les propriétaires du quartier des Barques, transparaissait la volonté pour chacun d’eux de s’imposer dans cet espace qui ressemblait encore à un terrain vague, sans limites, sans règles, sans passé véritable.

        Aujourd’hui, c’est encore autour de cette expérience qu’ils se rassemblent ; ils sont fiers d’exhiber ce qui fait désormais l’histoire de leur quartier, ce qui le raconte. Ils offrent à leur quartier une histoire qu’ils ont tacitement harmonisée et continuent ainsi de rester soudés dans l’aventure de la création-préservation de leur territoire.

 

Le Lez : un voisin qui n’est plus du quartier

        Jusqu’en 1994, avant que les travaux de Port Marianne ne commencent, les pavillons du quartier des Barques avaient vue sur les berges du Lez. Rien ne les séparait de lieu à la fois redouté (la fréquence des crues le rendait dangereux) et amoureusement défendu comme un patrimoine local. Les habitants des Barques étaient en quelque sorte les détenteurs de la rive droite du petit fleuve, les garants de sa mémoire aussi. Il y avait bien eu là un port, au Moyen-Age, où transitaient des bateaux à fond plat depuis le port de Lattes. Cela avait été un haut lieu du commerce méditerranéen. Au XIXème siècle et jusqu’aux années 40, les Montpelliérains venaient le dimanche faire des promenades en barques et les guinguettes sentaient bon la friture. Les femmes y venaient laver le linge et les enfants s’y baignaient. Puis Montpellier s’est détourné du Lez. On a oublié le fleuve. La ville s’est mise à vivre sans lui. Il est devenu sale et inquiétant. Il est devenu le lieu des Gitans et des terrains vagues. Après leur départ, les habitants du quartier des Barques étaient les seuls propriétaires de cet espace que les autres Montpelliérains avaient abandonné. Il n’y avait qu’eux pour se souvenir que quelque chose s’était passé ici, qu’une partie de l’histoire de la ville se situait là, à quelques mètres de chez eux. Le Lez était une prolongation de leur territoire, il était le bout de leur jardin. Ils étaient ainsi des acteurs de la ville, au cœur de l’espace qui l’avait vue croître et vivre au long des siècles.

        Et soudain, la municipalité s’est emparée de ce passé qu’ils s’étaient octroyé — faute d’autres prétendants. Le service communication de la ville raconte désormais le passé du Lez. Les plaquettes d’informations, les discours disent l’importance qu’a eu ce lieu dans le développement de Montpellier — et légitiment alors l’opération immobilière Port Marianne en l’insérant dans une chronologie qui lui donne un fondement, un début avant même que les premiers habitants ne soient venus s’y installer.

        Les propriétaires du quartier des Barques n’habitent plus à côté du Lez. Les immeubles de Port Marianne leur ont ravi la place. L’équipe municipale se charge de continuer un récit historique dont ils ont disparus.

« A. Z. : Est-ce que vous pourriez me décrire, l’un et l’autre, ce que vous voyiez en sortant de votre maison avant qu’il y ait les immeubles ?
— M. M. : Ça dépend d’il y a combien de temps. Parce que ça a beaucoup changé.
Mme M. : C’est-à-dire, ils ont refait un peu le Lez. Au milieu il y avait une petite île, tout ça est parti. Et puis là où il y a l’immeuble HLM, il y avait un ancien relais de chevaux, parce qu’il y avait des péniches sur le Lez qui venaient chercher du gravier et du sable, et puis qui l’emportait...
— M. M. : Ça c’est vieux, elle demande ce qu’on a connu.
— Mme M. : ah, alors ça non ».

« Mme V. : En 33, j’avais huit ans, et je me rappelle que mon père m’avait amenée voir les dégâts de la crue. Eh bien j’ai vu, il y avait une distillerie, eh bien les tubes de la distillerie étaient dans le cœur des platanes qui se trouvent sur le rond-point ! »

« Mme S. :  Alors ce quartier il a changé du tout au tout. Le bord du Lez, c’est bien qu’il soit aménagé comme il est. C’est bien, c’est beau. C’était devenu une pourriture le Lez. Tout le monde y vidait les ordures dans ce Lez ».

        Certes, et parce que je le leur demande, mes interlocuteurs se plaisent à évoquer quelques-uns de leurs souvenirs et se replongent frileusement dans le passé pour exhumer quelques épisodes personnels liés au fleuve. Mais ils ne me livrent rien d’autre que le récit stéréotypé diffusé dans tous les ouvrages sur l’histoire de la ville. Madame M. va jusqu’à confondre ses propres souvenirs avec le passé plus ancien du Lez. Elle ne résiste pas à évoquer l’époque où le fleuve était un élément de l’activité économique de Montpellier, celle où les bâtiments édifiés sur les berges n’étaient pas encore occupés par des Gitans mais par ce qui fait aujourd’hui l’une des images les plus revendiquées par les concepteurs des dossiers de presse municipaux qui présentent Port Marianne comme un retour au passé fluvial de Montpellier : les bateliers, les péniches. Elle occulte ma question et noie son discours dans des généralités dont elle exclut ses propres expériences d’ancienne habitante du quartier. Comme si le Lez n’appartenait plus à ceux qui avaient grandi à ses côtés. Comme si les habitants du quartier des Barques abandonnaient la partie en oubliant ce qui leur restait d’anecdotes personnelles pour se fondre dans l’homogénéité du récit officiel, (la prospérité économique, les crues domptées, la saleté éradiquée) qu’ils cautionnent en le reproduisant à la demande.

        Autant les Gitans qui s’étaient installés dans le lotissement des Barques semblent avoir traversé le temps pour continuer de peser sur la représentation que les habitants se font de leur environnement, autant le Lez paraît ne plus faire partie intégrante du quartier. Ce n’est plus le fleuve qui délimite l’horizon et le territoire du quartier, mais les bâtiments de Port Marianne ; le Lez est en effet désormais englobé dans l’ensemble du projet architectural, il en est même l’un des éléments structurants. Il habite maintenant au cœur de Port Marianne ; il a déserté le quartier des Barques. Rien ici n’a pourtant quitté son emplacement initial : ni les habitants du lotissement, ni le Lez. C’est juste le paysage qui a changé, faisant désormais s’imbriquer deux territoires là où il n’y en avait qu’un. Les nouveaux bâtiments représentent autant une frontière physique qu’une étape chronologique qui fractionne la mémoire des habitants des Barques en différents niveaux de perception. Les Gitans, disparus, existent encore dans le discours ; le Lez, présent mais invisible, ne ressemble plus qu’à ce qu’en racontent les dossiers de presse municipaux. Le Lez n’incarne pas le lotissement des Barques : les habitants ne le lui permettent pas, préférant s’attribuer le symbole malléable des Gitans, plutôt que celui, trop investi par d’autres intérêts qu’ils ne maîtrisent pas, du Lez, qu’ils lèguent alors à la municipalité, initiatrice de Port Marianne.

        Ils ne portent d’ailleurs pas de jugement sur le projet du port. Ils se positionnent volontairement comme étrangers au développement de Port Marianne, en particulier en ce qui concerne les aménagements effectués sur le Lez. Ceci ne les concerne pas : ce n’est plus chez eux, et la lenteur de la mise en œuvre des travaux[4] recule le moment de leur réalisation jusqu’à une date trop éloignée pour qu’ils puissent imaginer être témoins du résultat final. Les transformations futures des berges du Lez semblent ne pas interférer avec l’univers physiquement et chronologiquement clos des habitants du quartier des Barques. Ils sont juste les spectateurs poliment intéressés et un peu amusés de l’évolution d’un territoire dont ils laissent volontiers les commandes à la municipalité. Leurs réserves sont énoncées avec la sagesse de ceux qui connaissent la vie, que les turbulences du quotidien n’affectent ni ne préoccupent plus. Ils ne se sentent ni dépassés par l’évolution de leur environnement, ni menacés par les multiples projets architecturaux qui viendront modifier les abords de leur lotissement.

        Madame S. exprime cette confiance mêlée d’indifférence quelque peu fataliste lorsqu’elle m’avoue, à la fois fière de la distance qu’elle affiche chaque fois qu'elle évoque ces gigantesques travaux qui ont plongé sa maison dans le chaos, et un peu découragée : « Je suis en plein dedans et en même temps, ça ne m’intéresse pas. Je n’ai rien à en dire, c’est ça, je n’ai rien à en penser, voilà ». Les M. et les V. sont plus loquaces, mais tout aussi détachés et solidement campés sur leurs positions d’anciens habitants du quartier des Barques, à qui rien ne peut arriver tant est prononcé leur sentiment d’occuper une place qui leur est réservée, tant est inébranlable leur certitude d’être ici les maîtres, sur un territoire qu’ils ont eux-mêmes construit :

«  M. M. : Pour nous, ce port, c’est pas un problème. De toutes façons, il n’y a encore rien de fait. On en parle depuis un bon moment… On risque de pas le voir fini ».

«  M. V. : Et bien il est pas encore prêt hein, ce port ! Les écluses, on est loin de les voir en état de marche! Ça reste du rêve tout ça ».

 

Des Gitans aux HLM

        Si les habitants du quartier des Barques ont abandonné le Lez au territoire de Port Marianne, c’est pour mieux concentrer leur énergie à renforcer les frontières actuelles de leur lotissement. L’espace occupé par les pavillons des propriétaires des Barques est désormais nettement circonscrit. L’enjeu est clairement défini pour ceux qui vivent ici depuis plus de quarante ans. Il s’agit de ne pas se laisser englober par Port Marianne et de continuer à marquer leur territoire en insistant sur l’individualité de son architecture et la particularité de sa destinée, liée à la volonté même de ses habitants.

        Et pourtant, le quartier des Barques, tel qu’ils l’ont vécu, tel qu’ils le perçoivent aujourd’hui, n’est jamais cité dans le discours municipal comme un élément constitutif de l’histoire du lieu investi par Port Marianne. S’ils veulent garder le sentiment d’exister au sein de cette ville qui s’agrandit aux dépens de leur territoire, qu’elle oublie et fait peu à peu disparaître derrière ses nouveaux immeubles, mieux vaut alors se tourner vers ce qui leur appartient concrètement : leur maison, leur jardin, leur jeunesse.

        Si le souvenir de la présence de la communauté gitane reste encore un facteur fédérateur pour les habitants du quartier des Barques, l’évolution récente de leur environnement, soumis aux chantiers de Port Marianne, les réunit aussi, peut-être parfois malgré eux, et les conduit à penser leur lotissement comme un tout à considérer dans sa globalité — même s’ils ont plutôt tendance à se définir et à raisonner à un niveau beaucoup plus individuel et familial. Le présent des Barques n’est finalement ainsi constitué que des relations — redoutées ou définitivement consommées — entretenues avec des entités extérieures au lotissement. L’espace extérieur est à la fois menaçant et marqueur d’un territoire privé à préserver. C’est en analysant ce rapport à la géographie du lieu que l’on peut percevoir l’attachement qu’ils portent à leur maison, à leur quartier, à cet environnement qui les a vu prospérer et vieillir, à leur histoire qui les a rassemblés sous la bannière de représentants du quartier des Barques.

        L’immeuble HLM « le François-Mireur », premier immeuble du projet Port Marianne, construit à l’emplacement exact de l’ancien « château », cristallise les craintes éprouvées par les habitants du quartier des Barques. Les peurs qu’ils ressentaient vis-à-vis des Gitans se sont transposées sur les nouveaux venus. Aux abords des rues des Barques et des Gabares, le bâtiment se dresse désormais devant les potagers des habitants des pavillons. Vingt-six fenêtres faussement carrées. Vingt-six multiplié par les sept étages de l’immeuble : 182 fenêtres, parfaitement alignées, parfaitement identiques et à la sobriété déconcertante sont ainsi braquées sur les peupliers plantés tous les dix mètres de la rive droite du Lez. Le François-Mireur est la dernière avancée architecturale, quasi emblématique, de Ricardo Bofill vers l’est de Montpellier (dans le prolongement d’Antigone). Premier né de cette lignée d’immeubles des Consuls de mer, il semble vouloir affirmer son caractère spécifique en soulignant la continuité initialement prévue avec l’architecture du quartier Antigone[5]. Dans cet environnement en gestation, il apparaît déjà comme un bâtiment presque ancien. Les portes d’entrée portent la trace des nombreux pieds qui les ont poussées pour les faire ouvrir. Des odeurs mélangées de cuisine se répandent aux alentours de l’immeuble. Les fenêtres ont presque toutes leurs rideaux en dentelles de nylon. Un porche, large de cinq mètres environ, permet d’entrer au cœur du bâtiment, entre les quatre façades intérieures du François-Mireur. Toujours les mêmes fenêtres, les mêmes rideaux, la même régularité, la même couleur beige clair, les mêmes portes noircies par les chaussures des habitants aux mains encombrées. Un peu de linge mis à sécher brouille l’uniformité générale. Aucun bruit, et pourtant, derrière les centaines de fenêtres braquées sur l’espace intérieur de l’immeuble, des vies s’organisent, parallèlement, les unes au-dessus des autres. Des vies qui ne laissent rien paraître au dehors des fenêtres hermétiquement identiques du bâtiment. Et qui pourtant s’expriment à travers le motif d’un rideau, le fumet d’un poulet rôti ou la couleur d’un drap encore humide.

        Devant les jardins du quartier des Barques, les 182 fenêtres du François-Mireur crient aux propriétaires des pavillons qu’ils ne sont plus seuls ici, qu’il va falloir recommencer à résister contre un envahissement qui leur rappelle celui qu’ils avaient subi tandis que les caravanes des Gitans s’étaient installées sur le lieu même des fondations de l’immeuble.

« Mme S. : Bien sûr ils ont dû faire du social. Ils sont obligés. Là pour l’instant, on voit que c’est des gens qui sont pas quand même, je sais pas moi, qui sont pas des Remistes (sic), si, il y en a peut-être quelques-uns, mais enfin, mais j’ai peur que, vous savez, qu’ils se lassent de ces appartements. Vous savez, des gens qui ont des revenus moyens. Ils se payeront autre chose. Et alors après j’ai peur qu’il vienne tout ce qui est... Vous voyez ? ».

        Les habitants du premier immeuble classé HLM parmi ceux construits aux Consuls de mer sont les héritiers de la réputation d’étrangeté et de dangerosité de ceux qui ont, trente ans auparavant, occupaient le même espace. Pour les propriétaires du quartier des Barques, l’analogie est tentante ; c’est presque comme si l’histoire se rejouait sur ce lieu, point de rupture emblématique entre leur lotissement et un extérieur inexploré et menaçant. La crainte et le dépit qu’ils ressentent face à la survenue massive des nouveaux habitants de Port Marianne se fixent sur ceux qui vivent au François-Mireur. Leur seule présence ressuscite un souvenir qu’il valait mieux immobiliser dans l’artificialité d’un folklore rassurant. Le ranimer, faire comme si tout recommençait, annule l’effet bienfaisant du passé fantasmé comme une histoire bien connue et maîtrisée. Les airs de guitare à la tombée du jour se taisent bien vite et cèdent le pas à d’autres réminiscences. Ce sont désormais les habitants de l’immeuble HLM qui symbolisent l’envahissement du quartier des Barques. C’est aussi envers eux que le ressentiment pourra s’exprimer en toute logique — voire en toute légitimité.

« M. V. : C’est comme une caserne cet immeuble de l’OPAC, c’est une trop grosse concentration de gens.
Mme V. : Oh et puis il y a de tout le monde là-dedans. La plupart des bâtiments OPAC qu’on fait maintenant, c’est mieux aéré que le nôtre qu’on nous a foutu là. Parce que nous, il est tout fermé. On n’aime pas cette verrue de l’OPAC. Et puis je trouve que OPAC ou pas OPAC, c’est inhumain. Parce que quand même les gens, ils auraient un petit balcon avec des géraniums, quelques arbres au milieu de la cour, je sais pas, on peut quand même faire quelque chose. Nous on prévoit que comme nous, on est quand même lotissement privé, on prévoit de fermer la rue. Parce que les gens qui ne veulent pas prendre de parkings, dans l’immeuble de l’OPAC, ils se mettent dehors. Ils font de l’OPAC, mais les parkings, ça se paye en plus. Et les gens, ils les prennent pas. Alors où ils mettent leur voiture ? Chez nous ».

        Le discours des V. traduit cet amalgame entre la communauté gitane et les habitants du François-Mireur, qu’ils stigmatisent comme étant la source de tous leurs ennuis depuis la survenue des immeubles de Port Marianne. On perçoit leur peur et leur incompréhension face à l’architecture impénétrable de l’immeuble. Par les mots qu’elle emploie (« nous », « ici », « notre »), Madame V. exprime aussi la tentation qu’elle a, malgré tout, de s’approprier ce lieu, dont elle ne s’est finalement pas dessaisie depuis le départ des Gitans, et qu’elle se désole voir ternir l’ensemble du territoire des Barques. Les vieilles caravanes ont elles aussi ressurgi sous l’apparence des voitures des locataires du François-Mireur, qui empiètent comme elles sur les rues du quartier. Ils pensent alors à se retrancher derrière les barrières qu’ils aimeraient faire installer pour fermer leur rue.

        Les habitants des Barques ont abandonné le Lez à Port Marianne et à la municipalité. Et, plutôt que de se sentir exclus du territoire qu’ils avaient réussi à reprendre sur la communauté gitane, ils préfèrent s’en détourner et réduire les limites du dernier carré de résistance à leur propre rue. Le quartier n’existe plus que derrière les grilles des quelques pavillons des rues des Gabares et des Barques. Et dans le souvenir de ses habitants octogénaires.

        C’est presque comme s’il n’y avait plus rien autour des petites maisons. Ni le centre ville tout proche, ni les immeubles de Port Marianne. Les propriétaires du quartier des Barques produisent un espace symbolique qui les isole de leur environnement. Ils recréent en quelque sorte un espace qui ressemblerait à celui qu’ils ont investi il y a une soixantaine d’années : un espace vierge, tout à eux. Ils oublient le Lez qu’ils ne voient plus. Ils nient la présence des nouveaux bâtiments ; ils diabolisent le François-Mireur pour le faire mieux disparaître sous leurs fantasmes de retour au passé. Le quartier des Barques est désormais à la mesure de leurs souvenirs. Prêt à disparaître avec eux.

 

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[1] Cf. Zisman, 1998.

[2] Emmenée par Georges Frêche, maire de Montpellier depuis 1977.

[3] Le travail d’enquête s’est échelonné entre 1994 et 1997.

[4] Le port Jacques-Cœur figure depuis toujours sur les plans de Port Marianne diffusés par la municipalité (depuis 1988). Il n’est aujourd’hui pas encore creusé. Les difficultés techniques et les querelles intercommunales continuent de repousser la date du chantier, dont le retard est l’un des sujets de plaisanterie favoris des Montpelliérains. Les immeubles de la ZAC commencent cependant de s’ériger autour du terrain du futur bassin portuaire.

[5] Ricardo Bofill est l’architecte du quartier Antigone à Montpellier, première avancée vers le Lez et construit dans les années 80. Il devait aussi concevoir Port Marianne, mais le projet lui a été finalement retiré. Le François-Mireur est le seul immeuble qu’il ait signé à Port Marianne.