Le passé des historiens locaux. Sylvie Sagnes

N°4 Printemps 2002

MÉMOIRES DES LIEUX

Sylvie Sagnes

 

  « L’histoire a changé de lieux », c’est-à-dire tout à la fois d’« espaces », d’« acteurs », de « manières » écrit Daniel Fabre dans la présentation d’Une histoire à soi (Fabre 2001)[1], sans omettre de rappeler que l’ethnologue a de son côté, en quelque façon, changé de mémoires. Non plus exclusivement à l’écoute des mémoires orales, il s’intéresse désormais aux histoires écrites du lieu, à ce qu’elles disent du passé d’ici, tout autant qu’à leurs producteurs, à leur élaboration et réception. Les « fièvres d’histoire » (Bensa 2001) qui sévissent actuellement à l’échelle du local ne sont bien évidemment pas étrangères à ce déplacement de curiosité dont témoignent de récentes parutions (Bensa, Fabre 2001 ; Garcia 2000 ; L’Estoile 2001 ; Martin, Suaud 1996 , etc.) et nombre de recherches en cours[2]. Mais l’on se méprendrait à croire que ce transfert, ou plutôt cette extension, est allé de soi.

        Il a fallu à l’ethnologue, pour se laisser interpeller par les formes écrites de la mémoire, anciennes et nouvelles, passer outre certaines idées reçues, à commencer par les définitions antagonistes que, depuis Maurice Halbwachs (Halbwachs 1968) et jusqu’à Pierre Nora (Nora 1984), l’on s’est plu à donner aux termes « histoire » et « mémoire ». Dans cette perspective, la première, affaire de spécialistes, unique, objective et désacralisante s’opposerait à la seconde, quant à elle affaire de tous, plurielle, partielle, subjective, sacralisante. En montrant combien cette vision ne peut résister à l’épreuve des faits, c’est-à-dire combien l’histoire, à l’instar de la mémoire, peut se faire arbitraire, oublieuse des faits, simplificatrice, faillible, les différentes approches critiques de l’histoire (Thiesse 1997 ; Yerulshalmi et al. 1988) ont contribué à rapprocher cet objet de l’attention de l’ethnologue.

        Ce faisant, dans le cas précis de l’histoire locale, celui-ci n’a pas eu à passer outre uniquement ce présupposé de scientificité absolue. De fait, l’ethnologue a dû aussi se départir des soupçons de médiocrité que fait peser sur cette histoire-là l’amateurisme de ses auteurs et qui longtemps l’ont dispensé de la lecture de ces érudits plus ou moins autodidactes. A la décharge de l’ethnologue, on notera que cette défiance n’était pas — et n’est toujours pas — un réflexe qui lui est propre. En l’occurrence, les professionnels de l’histoire ne sont pas les derniers à signaler et condamner les manquements de ce type de productions aux principes et méthodes de la recherche historique, ce que fait notamment Jean Jacquart, en manière de mise en garde à l’attention des historiens locaux auxquels il s’adresse :

« Voici une monographie d'un gros bourg briard, publiée en 1975. Un gros livre de 380 pages, dont 359 de texte. La table des matières énumère étymologie, topographie, préhistoire, période gallo-romaine et franque, fondation de la ville, seigneurs — 173 pages, plus de la moitié, à dérouler des généalogies de familles qui, compte tenu de leur notoriété, n'ont pratiquement jamais mis les pieds dans ce bourg qui n'était qu'une de leurs nombreuses dépendances... Suivent la Révolution, la guerre de 1870, la construction de l'hôtel de ville, des écoles. Rien sur la démographie, rien sur l'économie, la communauté villageoise, les groupes sociaux. Si l'on ajoute l'absence d'appareil critique même sous la forme d'une liste de sources manuscrites, la bibliographie inutilisable malgré ses cinq pages, on reste un peu atterré par ce genre d'ouvrage ». (Jacquart 1990 : 27)

        A l’atterrement, l’ethnologue préfère bien évidemment la posture de l’étonnement, et à la critique une interrogation portant à la fois sur ce qu’est et ce que n’est pas cette histoire locale. Qu’en est-il plus précisément des figures obligées du récit du passé local ? Quel sens peut bien revêtir l’abondance de ces détails qui ennuient si prodigieusement l’historien autorisé ? Dans quelle mesure l’historien local et ses lecteurs se satisfont-ils des lacunes par ailleurs si préjudiciables aux yeux du professionnel de l’histoire ? En nous en tenant ici au contenu, nous nous proposons d’apporter un éclairage sur cette forme particulière de mémoire locale, tout à la fois la plus consciente d’elle-même, la plus instituée et formalisée de toutes celles qui prennent en charge le passé du lieu.

        Pour ce faire, nous nous appuierons sur une enquête conduite dans un village audois que nous appellerons Le Bousquan[3]. Si l’on en croit les historiens locaux, ce gros village viticole de plus de 2000 âmes ne s’est pas plus qu’un autre illustré par le passé. Ni l’hérésie cathare, ni les guerres de religion, ni la révolution, ni les révoltes comme celle des vignerons de 1907 ou encore les deux guerres mondiales n’ont produit ici de héros remarquables, pas plus qu’elles n’ont provoqué d’adhésions ou de résistances plus affirmées qu’ailleurs. L’église paroissiale, en l’occurrence une rotonde heptagonale romane du XIIème siècle, pallie quelque peu ce manque de relief, jusqu’à attirer l’attention d’historiens de l’art qui régulièrement lui consacrent un article dans les ouvrages et revues spécialisés.

        Quant à la production d’histoire locale, c’est-à-dire celle produite localement, elle fut jusqu’à ces dernières années relativement mesurée. A une Histoire généalogique des Seigneurs du Bousquan[4], texte manuscrit rédigé au XVIIème siècle, succédait en 1873, une Monographie de mon village (30 pages, format A5) que l’on doit au premier instituteur de l’école laïque du village, monographie publiée seulement en 1932, par les soins du petit-fils de l’auteur. Le chapitre « Histoire » de Barthélémy Doumergue, très largement inspiré des pages écrites au XVIIème, est à son tour abondamment réutilisé dans les années 1980 par l’érudit Émile Gastou dans son Histoire du Bousquan (56 pages format A5), publiée à compte d’auteur. Ce même historien fait aussi amplement usage des différents articles produits par ailleurs sur la Rotonde romane pour proposer aux Bousquanais une plaquette intitulée L’église Sainte Marie. Entre ces différentes monographies rédigées à plus d’un siècle d’intervalle, vient prendre place, dans les années 1930, la chronique d’histoire locale du bulletin paroissial La Source. L’abbé Rigailh, originaire du village, est décédé depuis plus de trente ans lorsque paraissent, mois après mois, ces pages qui forment la première partie d’un ouvrage dont il avait bien avancé la rédaction[5]. L’ensemble de ces articles, pourtant fort conséquent (102 pages publiées), n’a laissé qu’un souvenir imprécis dans la mémoire des Bousquanais et de fait, on ne s’étonnera qu’à moitié du fait que tous au Bousquan, historiens y compris, ignorent l’existence des cahiers manuscrits conservés aux Archives départementales.

        Outre ces monographies au propos itératif et l’œuvre oubliée de Rigailh, la liste des productions d’histoire locale s’est enrichie ces dix dernières années des travaux de Geneviève. Femme au foyer, mère de trois enfants aujourd’hui adultes, celle-ci a fait son entrée dans le petit monde des historiens locaux une fois son arbre généalogique parachevé. D’une curiosité à l’autre, des ancêtres au contexte en passant par la reconstitution de cousinages, Geneviève est également passée d’un type d’archive à l’autre, c’est-à-dire des registres paroissiaux et d’état civil aux registres de délibérations consulaires, aux compoix et brevettes. Elle publie le résultat de ses recherches dans la revue de l’association « Histoire et Généalogie en Minervois », mais aussi, à l’occasion, dans les pages de L’Indépendant, le journal local dont elle est pour le Bousquan la correspondante. Ce faisant, depuis 1996, son audience s’est considérablement élargie. Cette date coïncide en fait avec la première édition de fêtes annuelles, dites « Médiévales », dans le cadre desquelles est mis en scène un spectacle historique dont Geneviève co-rédige le scénario.

        Organisées par le Comité des Fêtes du village, sous la houlette de Danièle, sa présidente, elle aussi généalogiste, les « Médiévales », devenues « Fêtes historiques » à partir de 1999, se déroulent le dernier dimanche de juillet et, outre le spectacle historique joué l’après-midi, proposent une grand-messe, un marché médiéval, des animations de rues, et pour terminer, un banquet dit lui aussi « médiéval ». D’une édition à l’autre, le programme de la fête se modifie quelque peu : il s’enrichit de cortèges, d’expositions, mais aussi et surtout met à l’honneur un thème et une époque toujours différents. Ainsi Geneviève et Danièle sont-elle amenées tous les ans à rédiger un texte nouveau que lit en direct le sonorisateur et qu’illustrent en alternance, sur la scène du boulodrome communal, les figurants bousquanais et quelques troupes de professionnels (jongleurs, danseurs, cascadeurs, etc.). De 1996 à 1999, la création de ces spectacles nous a en quelque façon permis d’observer, sur le vif, ce qu’il en est de l’histoire locale, depuis son élaboration jusqu’à sa réception[6]. 

       Nous laisserons là, pour l’avoir abordée ailleurs (Sagnes 2001), la question de la fabrique de cette histoire, et signalerons simplement cette manière de « copier / couper / coller » qui, de génération en génération d’érudits, fait que le récit du passé se répète, presque identique à lui-même. Il est certes des historiens qui, tel Rigailh, recourent aux archives et écrivent, de fait, un autre récit du passé. Mais l’oubli qui frappe cette histoire renouvelée tend à signifier une certaine illégitimité que suggère également l’accueil, plutôt froid, réservé aux travaux généalogico-historiques de Geneviève, scénarios exceptés. De fait, et tout à fait significativement, ceux-ci s’inscrivent dans ces filiations textuelles qui remontent jusqu’au manuscrit du XVIIème siècle. 

       Monolithique, donné d’emblée, non à élaborer mais simplement à ré-énoncer, le récit que l’on fait ici du passé local ne laisse d’intriguer : quel contenu en effet peut s’accommoder d’une curiosité comme par avance anesthésiée ?

   

Une histoire aux quatre vents

        Ce qui frappe en premier lieu, à la lecture ou à l’écoute de cette histoire, c’est son « souci de tout embrasser, des origines à l’époque la plus récente » (Jacquart op. cit. : 26). Ainsi, le récit du passé d’ici apparaît-il disséminé, éparpillé en de multiples périodes et objets. Les titres des monographies (Monographie de mon village, Histoire du Bousquan) résument bien la portée « généraliste » de la curiosité de nos historiens. 

       En l’espèce et de manière quasi-caricaturale, c’est le texte de Gastou qui illustre sans doute le mieux cette prétention à l’exhaustivité. Au chapitre inaugural de sa monographie, notre érudit n'hésite pas à remonter jusqu' « avant 800 000 », « l'apparition de l'homme » servant de point de départ à son Histoire du Bousquan

       De même, la thématique changeante des différentes éditions des « Médiévales » nous ramène à ce pluralisme historien qui sévit sans préférence ni hiérarchie. En 1996, le village commémorait la construction de l'église et sur sa lancée se replongeait dans « son » Moyen-Age. L'année suivante, le Comité des Fêtes se proposait d'évoquer la Renaissance et de mettre à l'honneur la tradition viticole du Bousquan, et prévoyait déjà de célébrer à l'occasion de la troisième édition des « Médiévales », en 1998, l'époque du bon roi Henri et de sa poule au pot. En 1999, le public s'est vu entraîné au temps de Louis XIII. 

       Par ailleurs, l'incapacité des Bousquanais en 1996 de s'en tenir à l'intention initiale, c'est-à-dire la célébration de la formation du village, nous confronte à cette conception particulière de l'histoire. Trop à l'étroit dans la seule évocation du XIème siècle, les Bousquanais ont élargi leur champ d'action et de commémoration. Le scénario du spectacle inscrit noir sur blanc cette fuite en avant chronologique et thématique. Une fois rappelées les origines du village et la construction de l'église, le texte s'égare, racontant les incursions sarrasines, les pèlerinages, les croisades en Terre Sainte, l'épopée cathare et la vie quotidienne aux champs comme au château. Les titres on ne peut plus génériques donnés au millésime de ces festivités, « Médiévales », « 900 ans d'histoire », témoignent également des glissements successifs auxquels nos commémorants se sont laissés aller. Geneviève, par ailleurs, anticipe cette fuite en avant thématique et temporelle, dans un article intitulé « Cela s'est passé en --96 »[7]. Là, elle déroule l'histoire du village, toutes les années 96 du dernier millénaire lui fournissant le prétexte de ce redéploiement chronologique. Ainsi, sans vraiment trahir le dessein commémoratif premier motivé par la date de 1096, notre historienne se donne-t-elle les moyens, à la faveur de cette manipulation de dates, de satisfaire aux normes qui régissent ici la production d'histoire locale. 

       Souligner une telle diffraction de l'histoire ne nous importerait pas tant si le phénomène n'impliquait pas une désarticulation du propos et par là même n'autorisait à douter du souci de cohérence des auteurs. On exagèrerait cependant à prétendre que longue durée et éclectisme thématique et chronologique ne peuvent générer que confusion et non-sens. Nombre d'expériences historiographiques prouvent au contraire combien ces choix sont judicieux dès lors que l'on cherche à signifier la permanence, à fonder la tradition, à illustrer les vertus de la fidélité, ou à faire la démonstration d'un Éternel, qu'il soit vendéen, comme s'y emploie le lourd dispositif puyfollais (Martin, Suaud 1996), ariègeois, tel qu'il nous est présenté dans le spectacle Il était une Foix... l'Ariège, ou autre. Simultanément, et sans que cela soit contradictoire, l'approche généraliste peut également servir une vision progressiste du déroulement du temps. Et dans le cas où, comme au Bousquan, aucune philosophie de ce type n' « oriente » le texte, on ne saurait en imputer la responsabilité à la difficulté de l'exercice, attendu que les genres, aussi bien celui de la monographie que celui du spectacle historique, ont à leur disposition plus d'un procédé rhétorique ou scénique propre à innerver de sens n'importe quelle compilation d'événements et de personnages. Ainsi, le théâtre recourt-il à ces personnages qui, tels le paysan Mopilier au Puy du Fou (Martin, Suaud 1996), le Temps ou l'Esprit du Fjord dans les spectacles du Saguenay (Tourangeau 1993), la Malvoisine à Muret, l'alchimiste Denis Molinier à Cordes, la Conteuse Ariège à Foix, ... ont été imaginés pour dévider le fil rouge de l'histoire et en dévoiler la « morale ». 

       Imputer l'absence d'une telle figure dans les spectacles qui nous occupent au seul amateurisme des auteurs en matière d'écriture et de mise en scène serait sans doute trop réducteur, tant ici l'histoire, ou plutôt les histoires paraissent a priori rétives à délivrer quelque message que ce soit. Référence s'il en est, l'œuvre d'Emile Gastou présente bien tous les symptômes d'une histoire « désintéressée ». Écrites sous le signe de la désarticulation, les deux monographies dont il a déjà été question, se composent de chapitres non numérotés qui se suivent, sans transition aucune. 

       Avec plus d'évidence encore, la mise en spectacle de l'histoire locale révèle cette manière de sollicitation en ordre dispersé. Dans l’introduction pourtant, dans les termes qui sont aussi ceux des historiens de Maraussan dans le préambule de leur plaquette collective[8], nos scénaristes déclarent leur intention de « faire revivre les événements ». Mais quand les auteurs maraussanais se proposent de se lancer dans cette résurrection du passé « pour l'exemple et pour l'avenir », Le Bousquan, de son côté, ne fait état d'aucune visée pédagogique ou de quelque autre intention que ce soit. L'absence de complément circonstanciel de but s'avère ici des plus symptomatiques. 

       L'examen du reste des conduites, en particulier celle du spectacle 1996, confirme cette désorganisation organisée de l'histoire. Comme la plupart des spectacles historiques dont certains, paradoxalement, ont inspiré nos auteurs, le spectacle du Bousquan juxtapose une série de tableaux (bénédiction de la première pierre de l'église, la croisade en Terre Sainte, les pèlerinages, la vie au château, etc), qui se succèdent dans l'ordre chronologique et dans une certaine unité de temps, la majorité des scènes se rapportant au Moyen-Age des XIème, XIIème, XIIIème et XIVème siècles, encore que l'on puisse déceler quelques manquements à ces règles. Ranger au chapitre de ces infractions le retour en arrière que constitue, après l'épisode du décès de l'évêque Dalmace en 1096, l'évocation de l'appel d'Urbain II en 1095 pourrait paraître exagéré. L'allusion aux incursions sarrasines qui prend place entre les deux tableaux en question mérite quant à elle qu’on s’y arrête. S'il ne saurait être question de suspecter nos scénaristes d'anachronisme, on ne s'autorisera pas pour autant à reconnaître là une figure de style à la manière de ces flash-back dont usent plus particulièrement les auteurs de La mémoire des Pierres. Ici, nulle procédure, tels la lecture d'une lettre, la découverte d'un recueil d'oracles, un rêve, n'est mise en branle pour signaler l'antériorité de l'action. Errant en terre minervoise entre 1096 et 1095 (!), ces sarrasins envahissent quand on s'y attend le moins — on reconnaît là leurs manières barbares ! — un récit qui a par ailleurs du mal à tenir son objectif, à savoir « faire revivre les principaux événements qui se sont déroulés au Moyen-Age ». Le texte en effet déborde de ces limites temporelles pour atteindre 1789 et terminer de cette façon l'énumération des maisons seigneuriales. 

       Dérapage thématique et autres oscillations chronologiques n'apparaîtraient cependant pas si préjudiciables s'ils ne trahissaient les seuls principes auxquels le récit semble obéir. Prenant le risque de ne plus faire illusion, la forme se dérobe quand le fond que ne dynamise aucune intention explicite peine à faire montre de quelque cohérence. 

  

Une histoire désincarnée 

        Ajoutons que cette dispersion aux quatre vents de l'histoire locale s'accompagne d'un traitement relativement singulier du fait historique, notamment du catharisme et de l'aventure viticole. Si Le Bousquan n'échappe pas à ce lieu commun de toutes les histoires locales du Midi languedocien qu'est l'épisode cathare, on lui accorde toutefois ici une place et une signification plutôt originales. Quand, à Cordes, Jean-Gabriel Jonin leur consacre pas moins de sept scènes, dans une proportion équivalente à celle que leur accorde Jean-Michel Gadal à Foix, ou lorsque, à Carcassonne, Minerve, Villerouge-Termenes, Lastours, Arques — pour ne citer que les sites les plus proches de notre terrain — ils sont les seuls et uniques objets du spectacle, au Bousquan, le catharisme et la Croisade ne sont qu'un thème parmi d'autres. Significativement sans doute, cette moindre importance va de pair avec une présentation quelque peu décalée par rapport à celle à laquelle nous a habitués la tradition méridionale du spectacle historique. Ici, en lieu et place de la mise en scène du catharisme, de ses rites (consolament...), de ses croyants, de sa persécution, de l'Inquisition et des bûchers, nos scénaristes, fidèles en cela à l'héritage des érudits, n'abordent la question qu'incidemment, qu'accessoirement, en tant qu'élément permettant de comprendre un événement de plus grande portée, à savoir l'installation d'une nouvelle maison seigneuriale. Le ton, dépourvu de l'habituel parti pris pour la cause des vaincus, de même que l'absence de l'adjectif « cathare » auquel on préfère « albigeois », feraient douter que notre terrain se trouve dans l'Aude, « pays cathare »[9] s'il en est. 

       La manière dont on traite ici l'histoire de la vigne et du vin, thème des festivités en 1997, donne également beaucoup à penser. En l'occurrence, la revendication d'une identité vigneronne n'emprunte pas les chemins habituels. Là où l'on se serait attendu à une reconstitution de l'histoire viticole du début du siècle marquée par la création des caves coopératives et les révoltes de 1907 — attente d'autant plus justifiée qu'en cette année 1997 on a célébré un peu partout en Languedoc le quatre-vingt-dixième anniversaire des manifestations et de leur répression — le village, en mettant en scène des vendanges au début de la Renaissance, nous a proposé l'image aseptisée, pacifiée de l'Éternel vigneron. 

       On peut dans la foulée s'étonner de la langue du texte. L'occitan n'a que peu, pour ne pas dire pas du tout droit de cité dans les conduites des différents spectacles. L'accompagnement musical, qui ailleurs permet de glisser ce dialecte sans trop gêner le public non occitanophone, n'est jamais mis à profit. Pas même le Se canta, figure chorale que l'on croirait imposée tant elle est commune aux spectacles du Sud, ne retentit au Bousquan à l'occasion de ces reconstitutions historiques. 

       Comment comprendre ce traitement décalé des grands thèmes de l’histoire régionale ? On pourrait en déduire que la hantise de l'indistinction, de la confusion avec les performances historiographiques environnantes dicte ces écarts, ces trahisons vis-à-vis de la version communément admise de tel ou tel épisode de l'histoire régionale. Et ceux qui désespèrent de voir l'histoire du Bousquan obéir à quelque logique que ce soit, se consoleraient au moins du principe d'une reconstitution du passé strictement occupée à délivrer le message d'une singularité historique. 

       Il n'en va pourtant pas tout à fait de la sorte. Que penser en effet de cette manie par ailleurs décelable d’hyper-contextualisation ? L’Histoire du Bousquan d’Émile Gastou s’ouvre ainsi sur « l'apparition de l'homme » et le lecteur doit toutefois attendre la page dix, sur les cinquante-six que compte la plaquette, pour lire ce qu’il en est du castrum du Bousquan. Auparavant, il aura traversé le paléolithique et le néolithique, assisté à la découverte du feu, la naissance de l'agriculture et de la métallurgie, vu déferler les Ligures, les Celtes, les Volques Tectosages, les Romains, les Wisigoths et les Sarrasins. De manière moins accusée, les spectacles historiques tirent sur la même corde. Dans celui de 1996, on évoque les croisades en Terre Sainte, ce à quoi ne se prête pas plus l'histoire de ce village qu'une autre. De même, il y est question des pèlerinages qui ne trouvent pas davantage d'échos que les croisades dans le passé de ce village. 

       « Dans l'Europe entière, une levée massive d'hommes répond alors à l'appel du Pape Urbain II initiateur des Croisades en 1095. A l'ardeur mystique du pèlerin s'ajoute alors la fougue du soldat entraîné dans une reconquête passionnée. Obéissant à cet élan de foi qui marque si profondément sa mentalité et son époque, l'homme du Moyen-Age veut entreprendre, au moins une fois dans sa vie un pèlerinage, convaincu d'atteindre à l'essentiel dans les lieux où vécurent les grands modèles qui l'empoignent, le Christ et les Saints. Le serf, comme les autres, quittant sa glèbe, se met en marche vers Jérusalem, Rome ou Saint-Jacques-de-Compostelle et personne ne lui dénie ce droit ». 

       L'intermède parlé qui suit le tableau inaugural du spectacle 1999 est du point de vue de cette dérive contextualisante tout à fait caractéristique. Intitulé « Vie de Marguerite (enfance) », le texte substitue à l'évocation des premières années de la future « héritière de la seigneurie » une synthèse inspirée par quelque manuel d'histoire de France et rappelant les événements advenus à la Cour durant la deuxième décennie du XVIIème siècle. Qui persisterait à ne voir dans ce passage qu'une mise en contexte péchant par maladresse demeurerait aveugle à ce que l'exercice a de délibéré. Preuve en est l'étiquette qui orne les bouteilles vendues en 1999 au bénéfice des « fêtes historiques ». Y figure le portrait de Louis XIII et non, comme l'on aurait pu s'y attendre, celui de Marguerite de la Jugie ou de son père François dont il est à plusieurs reprises question dans le spectacle. D'autre part, les guides et magazines touristiques n'ont-ils pas été chargés par le Comité des Fêtes d'annoncer une « exposition sur les Rois de France : les costumes, les bannières », plutôt que, ce qui aurait été plus exact, une rétrospective des précédentes éditions de ces fêtes ? 

       Laissant là le registre événementiel, le changement d'échelle puise sans compter dans l'imagerie de la vie quotidienne du Moyen-Age. Tous les stéréotypes de la vie aux champs et au château y sont convoqués : les moissons, l'entraînement à la chasse, la guerre, les tournois, fêtes, jeux et divertissements.

« Dans tous les châteaux, rapporte la conduite 1996, il y avait comme une salle d'escrime où un mannequin attaché à un poteau figurait le traître et que le chevalier, lance en avant, transperçait. C'était l'entraînement à la guerre mais aussi à la chasse. La chasse joue un grand rôle à cette époque là, surtout et d'abord dans la vie du seigneur. Elle est un sport, mais un sport aristocratique et combien férocement gardé. Entrée des chasseurs. Entre temps au château, on joue au mail, à la crosse et à la paume. Il y a souvent des festivités ». 

       Le tableau 3 du spectacle 1997 a donné aux Bousquanais l'occasion de cultiver leur prédilection pour ce type de scène. Afin de meubler le plateau pendant qu'une poignée de figurants « chaupinent » le raisin dans le mostador [10], Jean a convoqué les « métiers d'autrefois ». Ainsi tonnelier, rémouleur, brodeuses, dentellières, lavandières, nourrice ont-ils animé des « scènes de la vie quotidienne ». Précisons toutefois que ce tableau ne se distingue de ceux qui le précèdent et le suivent seulement sous le rapport du nombre de ces évocations. Car à vrai dire, le scénario tout entier ressortit plus ou moins à ce registre. Il n'y est, en fin de compte, question que de travaux de vendanges et d'une fête, donnée par le seigneur d'alors à l'occasion de la présentation du vin nouveau. La même inspiration a manifestement présidé à la rédaction de la conduite 1998. L'action, imaginée par Danièle et Geneviève, se résume cette fois à la visite que rend, un jour de Sainte Anne, François de la Jugie à sa baronnie de « la petite bourgade ». Le tableau 1 de ce troisième spectacle retiendra plus particulièrement notre attention. Conforme à l'esthétique « à la Bruegel » du tableau 3 version 1997, il a mis sous les yeux du public un large échantillonnage de vies quotidiennes. Son originalité tient au fait qu'il redouble la prestation visuelle des figurants d'un commentaire que le lecteur a déployé du haut de son podium, réglant de la sorte l'entrée des artisans et commerçants, domestiques et valets. Ainsi méthodiquement scandée, la « vie au village » semble dans ce foisonnement de rôles atteindre des sommets cependant que rien de ce qui fut le quotidien particulier de ceux d'ici n'est appelé à véritablement émerger.        

       Énoncer une histoire la plus évanescente, la plus inconsistante, la moins locale qui soit, telle semble bien être, en dernier ressort, l'intention profonde qui anime nos historiens. A cela contribuent les changements d'échelle mais aussi, en ce qui concerne les spectacles, les prestations requises des différentes troupes professionnelles embauchées pour l'occasion. Venus de l'Ariège, l'Hérault, la Haute-Garonne, l'Aveyron et du lointain département de la Vienne, cracheurs de feu, danseurs, cascadeurs, sonneurs, musiciens et acrobates s'exécutent, enveloppant d'un flou artistique ce qui est dit du passé d'ici. 

       Participe également de cette illusion historiographique la tenue des différents rôles dans le spectacle 1996. Tableau après tableau, les figurants, à quelques exceptions près, ont incarné les différentes générations qui ont fait l'histoire des quatre siècles mis en scène, et cependant chacun n'a joué qu'un rôle et un seul. Noble, paysan, chevalier, moine ou fou, le figurant l'a été et l'est resté toute la durée du spectacle. Les « anciens », comme ils sont désignés quelquefois, n'ont eu par là même que la consistance de figures théoriques, plus ou moins intemporelles. Le spectacle 1999 renoue dans une certaine mesure avec cette manière d'incarnation générique. L'action représentée ne se déroule pas, comme en 1997 et 1998, sur quelques semaines ou sur une seule et unique journée mais s'étale sur une période de vingt-six ans. De fait, la grande majorité des figurants, et de façon plus flagrante encore les enfants, ont incarné deux générations différentes de Bousquanais. Néanmoins, chacun n'a joué, cette fois encore, de l'introduction au final, qu'un seul rôle, celui de noble, évêque ou paysan et n'a porté pour ce faire, du début à la fin du spectacle qu'un seul costume, à la fois signe et instrument d'une certaine dépersonnalisation du passé. 

       Les scénaristes elles-mêmes, certaines que « personne n'ira vérifier », ne sont pas les dernières à pratiquer l'art de l'illusion historiographique. C'est ainsi qu'elles empruntent, afin de satisfaire aux canons des scènes qu'elles souhaitent enchaîner, des éléments de la biographie d'un personnage pour les attribuer à un autre. Dans le spectacle de 1999, après la bataille de Castelnaudary de 1632 à laquelle participa et où trouva la mort François de la Jugie, ont été mises en scène les obsèques du seigneur en question. Or les sources de l'histoire locale utilisées depuis trois siècles s'avèrent plutôt avares de détails s'agissant de cet enterrement, soit que ces précisions aient disparu avec les feuillets manquants du manuscrit du XVIIème siècle, soit que l’auteur de ce manuscrit n'ait rien eu de particulier à rapporter à ce propos. On conçoit en effet difficilement qu'un noble coupable de crime de lèse-majesté, « enseveli le lendemain de la bataille », ait pu prétendre à des obsèques « avec le faste convenant à son rang ». Pourtant et sans peur de la contradiction, nos deux historiennes ont emprunté la description des funérailles de cet autre François de la Jugie, décédé trente-six ans plus tôt, cérémonie dont la préparation, soit dit en passant, prit « environ un mois », pour offrir sur scène au dernier des de la Jugie un cortège d'enterrement dont l'a très probablement privé son engagement dans le parti des rebelles. Cela étant, moins qu'au contresens, on sera sensible aux effets de brouillage imputables à de telles transpositions. Car alors l'histoire se contracte ou se dilate, en tous les cas approche la fiction. 

       A tout le moins déroutante, cette désincarnation multiforme de l’histoire ne contredit pas autant qu'il y paraît le principe d'une histoire strictement locale. Il ne s'agirait pas d'ailleurs de faire remarquer aux habitants de ce village le caractère impersonnel de leurs productions historiographiques : ils se fâcheraient tout rouge. D’ailleurs, ils ne se privent pas quant à eux de dénoncer la délocalisation des spectacles carcassonnais, plaignant bien sincèrement leurs voisins de voir leur histoire leur échapper et devenir « passe-partout » entre les mains de scénaristes professionnels. « Oh, tu sais, le spectacle de Carcassonne, on le joue à Carcassonne, mais on pourrait le jouer ailleurs. Pas celui du Bousquan ». Se faisant, si cette dilution multiforme n’empêche pas cette histoire d’être locale, en quoi l’est-elle donc ? Que reste-t-il du passé local ? 

  

Le temps de l’histoire  

       Des bribes, telles la construction de l'église et la généalogie des maisons seigneuriales — nous y reviendrons — mais aussi des objets, des gestes, des attitudes empruntés au temps, pas si lointain, de nos parents ou grands-parents. Le Comité des Fêtes peut toujours prétendre transporter le public en plein Moyen-Age, à l'époque la Renaissance, sous les règnes d'Henri IV et de Louis XIII, force est bien de constater que le train de l'histoire s'arrête bien avant et que la destination ne varie guère au fil des ans. Le costumier, maçon le jour, couturier la nuit, a beau faire preuve de recherche et de rigueur historiques, ceux qu'il habille, en particulier les paysans ne mettent jamais en scène qu'un seul et même passé. Si, en 1996, il était possible d'imputer cette intrusion du passé proche à la valse hésitation d'un projet qui oscillait entre le XIème siècle, le Moyen-Age et neuf siècles d'histoire, depuis 1997, on ne peut opposer la même justification. « Nous sommes un jour du mois de septembre de l'année 1491 », « nous voici donc en cette fin de XVIème siècle, plus précisément en 1591 », « en ce jour d'octobre 1614 » précisent bien les différents scénarios. Et pourtant, la Renaissance, les XVIème et XVIIème siècles ne sont pas à proprement parler les périodes auxquelles il revient de donner le ton. 

       Ainsi, à l’occasion des « Médiévales », les vitrines des commerçants se sont-elles transformées en 1997, de manière encore plus affirmée qu'en 1996, en mini-musés d'ethnographie. Les promotions du mois ont ainsi cédé la place aux tonneaux, comportes, hottes, souffreuses, échaudeuses, calines[11], enfaissaires[12], bofanelas[13] et autres porretas[14] tout droit sortis des greniers, remises, caves et serres, à l'instar des décors et accessoires utilisés dans le spectacle. Charrettes et mostador[15] en fond de scène, serpettes, paniers, comportes mais aussi cruches, marmites, brouettes, battoirs, baquet, etc. ont soutenu le jeu des figurants paysans dont le public n'a pas manqué de remarquer et de louer le naturel. La familiarité des gestes palliant l'amateurisme, on ne pouvait attendre moins de ces vendangeurs qui tous, à un moment ou un autre de leur vie, ont fait partie d'une cola[16]. 

       Du reste, les scénarios n'échappent pas à cette manière de pot-pourri chronologique. Constituant les deux thèmes autour et en fonction desquels Danièle a construit la conduite du spectacle 1997, caponade[17] et pressurage incarnent par ailleurs un folklore des vendanges toujours vivant dans les mémoires de ceux d'ici. « Ah ! ça me rappelle de bons souvenirs ! » confie au cours d'une répétition la mère d'un vendangeur. Il est également significatif que Geneviève, sans scrupule d'anachronisme, ait emprunté sa description de la course-poursuite dans les vignes à un ouvrage portant sur le siècle dernier, à savoir La vie quotidienne des paysans en Languedoc au XIXème siècle (Fabre, Lacroix 1973). 

       Une exposition, préparée à l'occasion de ces « Médiévales » 1997 par Danièle et Geneviève, ouvrait plus grande encore la porte sur ce passé tout proche. Collectées par Danièle auprès des « vieilles familles » du village, photocopiées, agrandies, puis légendées par Geneviève, des photographies « anciennes » de vendanges ont été présentées aux gens du Bousquan, chaudement invités à reconnaître, ici un parent, là un voisin, sinon eux-mêmes enfants. 

       Reste que cette sollicitation massive du passé « postérieur » n'éclipse pas tout à fait la référence au passé « antérieur ». Les deux temporalités coexistent, et même les trois devrions-nous dire à propos des éditions 1997, 1998 et 1999, puisqu'à la Renaissance, au XVIème, au XVIIème siècle et à ce passé immédiat s'est superposé le Moyen-Age. N'a-t-il pas toujours été question de « Médiévales » ? Le terme s'accroche à ces fêtes et l'on devine que ce n'est pas uniquement par habitude ou parce que les imaginations trop paresseuses n'en ont pas proposé d'autres. Pourquoi, sinon pour ne pas abandonner la notion de Moyen-Age, Danièle et Geneviève auraient-elles tenu en 1997 à situer leur reconstitution en 1491 — et non en 1490 ou 1493 — cela juste avant 1492, année qui pour l'histoire savante marque la fin du Moyen-Age et l'avènement de l'époque dite moderne ? 

       Les déplacements chronologiques successifs auxquels obéissent les différentes éditions de ces fêtes placées sous le signe de l'histoire n'ont cependant pas permis de pérenniser après 1997 l'adéquation entre période célébrée et l'appellation « Médiévales ». L'assimilation en 1998 du règne d'Henri IV au Moyen-Age n'a cependant gêné personne, pas plus du côté des organisateurs que parmi les figurants et le public. Néanmoins, le passage au XVIIème siècle semble avoir marqué dans l'esprit des Bousquanais un seuil au-delà duquel on ne saurait s'autoriser davantage de libertés avec les découpages des historiens. C'est ainsi qu'en abordant le règne de Louis XIII, nos fêtes jusque là « médiévales » sont devenues « historiques ». Nonobstant tout un chacun au Bousquan continue à parler de « Médiévales » et, très significativement, le vocable demeure dans la terminologie officielle. « Médiévales 1996 — 1999 » : ainsi a-t-on intitulé l'exposition de costumes, accessoires et photographies qui s'est tenue au château à l'occasion de la quatrième édition. Cette dernière, bien qu' « historique », n'a apparemment pas pu renoncer aussi définitivement que ne suppose l'étiquette qu'elle étrenne, à se prévaloir de la caution du Moyen-Age. 

       D'autres pourraient mieux que nous expliquer cette présence du Moyen-Age, résiduelle ici, mais constitutive de la plupart des manifestations à caractère touristico-historique contemporaines. A les lire, on comprend qu'à travers la « médiévalisation » plus ou moins aiguë des fêtes et spectacles historiques, occurrence parmi tant d'autres de la « médiévalophilie » ambiante, notre société en pleine mutation met en scène « (son) enfance vers laquelle il (lui) faut toujours revenir »[18]. Dans nos accès de nostalgie, il semblerait que nous goûtions plus particulièrement cette fraîcheur perdue qu'incarne le Moyen-Age, son « sens magique de la fête, de la liesse populaire, du bonheur de « ripailler » ensemble sur l'antique place publique » (Amalvi 1996 : 257), mais aussi la violence et plus exactement la sauvagerie que nos représentations communes s'obstinent à associer à cette période en dépit des corrections apportées par l'histoire savante. Il y aurait beaucoup à dire quant à la persistance de ce cliché hérité des romantiques qui fait qu'au Bousquan comme ailleurs, organisateurs et scénaristes ont toujours recours à quelques barbares plus ou moins anachroniques. Quoi qu'il en soit de la nécessité récurrente de cet autre, primitif, sauvage, livré clef en main par l'imagerie médiévale, le Moyen-Age participe au Bousquan d'un passé composite, hybride, syncrétique, d'un temps sans date. 

  

Les figures du passé 

        Et s'il ne s'agissait tout simplement que de cela, autrement dit d'échapper à la chronologie et d'atteindre un intemporel propre à célébrer un éternel ? Et de quel autre éternel pourrait-il bien être question, sinon de celui de cette communauté villageoise ? Prendre le parti de troquer son particularisme contre les généralités qui font l'histoire de France et celle de l'Europe n'empêche pas, on l'a vu, l'histoire locale qui nous occupe de se concevoir comme l'histoire de ce seul et unique village. Et de fait, c'est tout de même de lui qu’il s’agit (« Le Bousquan », « le village du Bousquan ») et de ceux qui y ont vécu (« les villageois », « toute la communauté », « la petite communauté », « nos ancêtres », « notre noble baron », « le seigneur du Bousquan »). 

       L'histoire sans histoires qui nous est contée nous encourage à poursuivre dans cette direction. Ici en effet, point de bons et de méchants, mais seulement des gentils, nobles et paysans sachant cohabiter en bonne intelligence. Quitte à sacrifier l'intrigue, nos scénaristes ne se hasardent même pas à mettre cette belle harmonie à l'épreuve, s'interdisant de faire état d'une quelconque menace endogène (un seigneur excessif, des pestiférés contagieux...). Le récit, linéaire, se déroule, dépourvu de toute tension dramatique, assez prévisible pour ne pas laisser espérer ne serait-ce que l'ombre d'un rebondissement. Monocorde, l'enchaînement des tableaux met d'ailleurs au défi le sonorisateur qui finit toujours par se trouver à court de « morceaux enlevés » au moment de boucler l'illustration musicale. De fait, on ne s'étonnera pas outre mesure de ce que la mise en scène privilégie la formation de cortèges. Car nulle autre disposition ne saurait mieux traduire la dynamique cohésive qu'entend exalter ici l'histoire. 

       Sans doute Danièle et Geneviève réagiraient-elles à la lecture de ce constat comme elles l'ont fait en prenant connaissance d'un article publié au printemps 1999 dans La Semaine du Minervois. Aux arguments de la journaliste qui avait osé prétendre que « si elles se voulaient totalement authentiques, ces festivités médiévales devraient montrer sous leur vrai jour les nobles possesseurs de la cité bousquanaise », nos scénaristes ont opposé, dans une lettre adressée à la rédaction, une défense qui dénote une sincère croyance en la vision du passé qu'elles promeuvent. Ainsi dans ce courrier s'emploient-elles très méthodiquement à mettre en défaut la validité des exemples cités par la jeune et nouvelle recrue du journal qui, pour rédiger son papier, a pourtant pris appui sur la monographie de Barthélémy Doumergue. Tous les signes d'excès ou de cruauté pointés et rapportés dans l'article (possession d'esclaves, mobilisation démesurée de prêtres et de pauvres à l'occasion de funérailles, pendaison d'un calomniateur, destruction des faubourgs) se voient sous la plume de nos historiennes, qui citent à leur tour Doumergue, assortis de contre-exemples (affranchissement de deux esclaves, dotation de jeunes filles démunies, dons aux pauvres de blé, de vin, de drap) illustrant la « générosité » des seigneurs incriminés, « le côté positif des personnages », « le soupçon d'humanité que nous, organisateurs du spectacle des Médiévales, faisons en sorte d'exploiter ». La contre-attaque use dans un second temps de l'objection suivante, amenée en manière de coup de grâce : « ces différents faits ne se sont pas déroulés au Bousquan ». En somme, foi de scénaristes bousquanaises et quoi qu'alentour tous les historiens locaux ne puissent apparemment pas en dire autant, l'histoire d'ici est indiscutablement sans histoires. 

       Le non-moindre des paradoxes est que l'article de La Semaine a servi a posteriori de justification aux tableaux des funérailles, de la défaite de 1632 et de la famine, scènes d'un genre jusque là peu pratiqué au Bousquan[19]. Ainsi dans le temps où a été rédigée et envoyée au journal la mise au point en forme de défense et illustration d'une unité bousquanaise de toujours, les figurants quelque peu surpris par le caractère « triste » ou « morbide » des scènes en question se sont entendus répondre : « On nous a reproché de ne montrer que des choses gaies, alors cette année, on change ! » On ne niera pas que ces différentes évocations ont introduit dans le récit des changements de ton et par conséquent ont invité à une illustration musicale beaucoup plus contrastée. Cependant cette contradiction relève moins du paradoxe que du stratagème, révélant un détournement plutôt qu'un retournement. Car force est bien de constater que le tragique qui émaille le spectacle 1999 n'est jamais imputable à la « tyrannie » des seigneurs mise en cause dans l'article. Despotiques, les seigneurs du Bousquan ne le sont résolument et toujours pas en 1999. On notera en outre que les malheurs évoqués, pas plus qu'ils ne sont provoqués par une noblesse inconséquente, n'ont de raison d'être internes. La famine, la mort du seigneur sont exogènes et, remarquons-le également, ces maux venus d'ailleurs jamais n'entament le ciment communautaire. Les aléas de l'histoire passent, la communauté reste, telle semble être la leçon à tirer de ce quatrième spectacle. 

       La communauté, éternelle dans la force de sa cohésion et de son harmonie, n’est cependant pas le seul reste que fait ici l’histoire. Figurent également au rang de ces exceptions les familles seigneuriales qui, non content de former le principal point d'ancrage de l'histoire dans le local, inscrivent le passé d'ici dans une temporalité datée, dans une chronologie différenciée. Ainsi les deux tiers du chapitre « Histoire » de Doumergue sont-ils entièrement consacrés aux différents possesseurs de la seigneurie du Bousquan. Emile Gastou de son côté leur a accordé treize pages dans son Histoire du Bousquan. Quant aux spectacles historiques, ils n'en finissent pas de mettre en scène ces seigneurs, les uns en visite sur leurs terres, les autres occupés à recevoir leurs parents et alliés ou célébrant les noces de l'un des leurs. 

       Entre autres signes de cette réduction de l'histoire locale à l'histoire généalogique d'une famille, on relèvera la concurrence persistante en laquelle sont entrés les termes « Armentré » et « le Bousquan » et leur adjectif et substantif correspondant « Bousquanais(e) » et « Armentrois(e) ». Armentré fut le nom que prit la localité de 1775 à 1789 et qui lui fut à nouveau attribué sous la Restauration. Armentrois, les Bousquanais le sont devenus du fait des derniers seigneurs du Bousquan, les de Moustiers d'Armentré. Cette dénomination qui n'a plus cours administrativement depuis 1838 n'en demeure pas moins fort usitée. Ainsi, à votre arrivée dans ce village, ne sont-ce pas les Bousquanais mais « les Armentrois (qui) vous souhaitent la bienvenue », et qui, à défaut de vous le dire de vive voix, ont chargé les deux panneaux publicitaires placés aux deux entrées du village de vous transmettre le message. Ces mêmes Armentrois lisent « l'écho armentrois », leur bulletin municipal, se régalent au « Logis d'Armentré », le restaurant du Bousquan, indiquent au touriste en quête de cartes postales ou de souvenirs « la Boutique armentroise » et s'approvisionnent en vin au « Cellier d'Armentré ». Les plus sportifs d'entre eux sont inscrits au « Tennis Club armentrois » tandis que les plus âgés se retrouvent au « Club des Aînés armentrois ». Des voix parfois s'élèvent pour dénoncer cet usage préférentiel. « Je sursaute chaque fois que j'entends ou que je lis le mot d'ARMENTRE, écrit en 1966 dans la revue Paroisses du Minervois le prêtre alors desservant de la paroisse du Bousquan. (...) Appelons les habitants du Bousquan les ‘Bousquanais’, c'est d'abord beaucoup plus chantant et c'est au moins méridional ». Plus récemment, Danièle et Geneviève, qui dans leur réponse à l'article de la Semaine du Minervois se défendent de donner une image exagérément positive des seigneurs, renient à leur tour vigoureusement l'emploi de ces termes : « Quant à l'appellation ‘Armentrois’, nous, Occitans, nous ne la reconnaissons pas puisqu'elle vient du nom d'une localité du Limousin. Au contraire nous nous sentons ‘Bousquanais’ au plus profond de nous-mêmes, nous rappelant qu'en patois — comme l'ont dit ici — le village s'appelle ‘lo Bosc’ ». Cependant, sous la plume de Danièle et de Geneviève, le désaveu n'est jamais que passager et procédurier. En serait-il autrement que nos historiennes ne s'emploieraient pas aussi volontiers qu'elles le font à rappeler les raisons historiques de ce système parallèle de désignation. « En 1640, Marguerite de la Jugie-Puydeval épousa le comte François d'Armentré. C'est à cette union que nous devons l'appellation de cité armentroise pour désigner le Bousquan. Habitants du Bousquan, Armentrois, vous devez votre dénomination à Marguerite de la Jugie-Puydeval et à son union avec François, comte d'Armentré », assène en 1996 le commentaire du treizième tableau. Et le spectacle de 1999, après avoir évoqué le mariage de la dite Marguerite, de revenir à la charge : « Habitants du Bousquan, vous saurez à présent que c'est à Marguerite de la Jugie et donc à son mariage avec François de Moustiers que vous devez votre appellation d'Armentrois ». 

       Ce doublon onomastique dont on se complaît à rappeler l'origine trahit un rapport à l'histoire généalogique de ces familles qui frise l'identification. Et l'on ne croit pas si bien dire à en juger par le succès que remporte auprès des figurants le rôle de « noble ». Sans craindre l'invraisemblance, le contingent des nobles s'avère tous les ans très fourni au point qu'en 1999 il représentait plus des deux tiers des figurants. Le Tiers-État n'est plus tout à fait ce qu'il était... Le plaisir de porter un « beau » costume, ou une « belle robe » justifie, si l'on veut en croire les figurants, la faveur sans égale que rencontre le rôle : « Porter comme ça une robe de princesse, c'est réaliser un rêve de petite fille ». Cependant l'argument ne suffit pas à rendre compte d'une disproportion qui ne traduit pas autre chose que ce que reflète la composition déséquilibrée des monographies locales. Depuis 1997, le rôle de noble s'assortit de l'attribution de noms qui, ajoutés les uns aux autres forment une interminable litanie que le lecteur déroule durant le spectacle, soit au passage d'un cortège, soit au moment du final. Assez curieusement et bien qu'incarnant parfois, comme en 1999[20], consécutivement des personnages de générations différentes voire issus de maisons distinctes, les figurants ne portent, de la même manière qu'ils ne revêtent qu'un seul costume, qu'un seul nom, nom unique auquel chacun ramène, sans souci de nuance toute sa prestation. On ne peut manquer de s'interroger quant à la nécessité de mêler tous ces noms au dispositif de l'illusionnisme historiographique. Questionnement d'autant plus légitime que dans leur grande majorité ces dénominations sont strictement inutiles, entendu que la prestation de leur détenteur peut fort bien s'accommoder d'anonymat. En fait, il apparaît que ces noms ne servent pas uniquement la cause d'une histoire sans histoire et qu'en dehors du spectacle et de l'action qui y est représentée, l'on « est », qui Marguerite de Narbonne, qui Paul de Mauléon, qui Melchior de Lozières, le temps d'une journée entière et de manière plus manifeste durant ces séquences plus ou moins autonomes articulées au spectacle historique que sont les cortèges, la messe et le banquet. Prolongement dudit spectacle, tel le banquet invariablement présenté comme celui donné à l'occasion de la fête ou du mariage qu'évoque l'ultime tableau, ou excroissance sans rapport avec l'histoire racontée sur la scène du boulodrome, ces moments ont ceci de commun qu'ils déploient, en temps réel, le passé. Or dans le contexte précis de ces instants reproduits à l'échelle 1 du temps, les noms qu'arborent nos figurants produisent un effet de présentification et d'incarnation exactement inverse à l'effet de confusion duquel ils participent dans le cadre du spectacle. Ce traitement de faveur réservé à ces seigneurs que l'on va jusqu'à ressusciter tend à nous conforter dans l'opinion que nous n'avons pas affaire là à de simples rescapés d'un malencontreux accident historiographique. En d'autres termes, la reproduction incessante, de copie en copie, du manuscrit du XVIIème siècle ne saurait être imputée au fait que le passé ait légué ce texte plutôt qu'un autre et qu’il ait pu suffire par la suite à une histoire locale inclinant au minimalisme. 

       Pourtant rien ne semble a priori prédisposer le propos de cet obscur généalogiste du XVIIème siècle à tenir de la sorte le haut du pavé. Bien au contraire ! Parfaitement concevable dans le cadre d'un XIXème siècle non encore préoccupé de ce que fut la vie des petites gens, la place de choix qu'accorde l'histoire locale à ces maisons seigneuriales n'est plus aujourd'hui aussi naturelle qu'auparavant. Et le trouble de l'observateur va croissant dès lors qu'il réalise que ce reste que fait l'histoire locale est une histoire généalogique, cela dans un environnement historiographique qui, on l’a précédemment évoqué, n'est pas particulièrement ouvert aux productions des généalogistes. On pourra opposer à notre étonnement le fait que l'histoire généalogique en question ne fait exception que parce que depuis belle lurette achevée et déconnectée du présent de la communauté locale. Que nenni ! Car bien que que les seigneurs aient quitté le château du Bousquan depuis plus de deux siècles, le rapport des Bousquanais d'aujourd'hui à cette généalogie n'est pas si désintéressé qu'on peut le supposer en première analyse. S'il en allait différemment, inviterait-on tous les ans, à l'occasion des « Médiévales » ou « Fêtes historiques », les Moustiers d'Armentré à se joindre aux Armentrois ? Les aurait-on reçu en 1996 pour les installer, le temps du spectacle, sur une tribune en fond de scène, face au public ? Leur aurait-on fait tenir lieu de décor vivant si leur histoire n'avait pas toujours et encore partie liée avec celle du Bousquan ? 

       Cela étant, quel passé racontent donc nos historiens locaux ? Généraliste, désarticulé, dilué dans l’histoire nationale voire internationale, puisant sans compter dans le registre de la vie quotidienne, leur histoire déroule un passé loin d’être toujours spécifiquement local. En lieu et place, celle-ci met en scène une sorte d’intemporel, un temps hors du temps, écrin d’un éternel communautaire fait de paix et de concorde. Mais l’histoire est bien plus que le récit de cette communauté absolue, dans la mesure où elle participe de l’accomplissement, au présent, de cet idéal communautaire de cohésion et d’harmonie. 

       Ainsi, en privilégiant des thèmes aussi peu polémiques que l’édification d’une église ou une fête des vendanges, l’historien s’assure-t-il de l’adhésion de tous. A l’exemple des « célébrations nationales (qui) ne renvoient (…) qu’une image très partielle, pacifiée, irénique, de la mémoire de la France et imposent un modèle frivole de commémoration où la tension et les enjeux sont par définition absents » (Gasnier 1994 : 98), la production d’histoire locale se place résolument sous le signe du consensus. Par ailleurs, quand l’historien change d’échelle, en convoquant par exemple « l’homme du Moyen-Age » plutôt que le Bousquanais du XIIème siècle, ne se donne-t-il pas les moyens de raconter une histoire qui n’oublie personne et d’intéresser à ce passé jusqu’au plus récemment installé au village ? S’il paraît malaisé d’évaluer l’efficacité du procédé auprès des consommateurs de cette histoire, les 35 % de nouveaux venus au village que comptent dans leurs rangs les figurants participant au spectacle du Bousquan tendent à montrer que cette histoire se laisse plutôt facilement adopter. Quant à l’exception que forme l’histoire généalogique des maisons seigneuriales dans l’horizon de ce récit délocalisé, elle semble tout exprès ménagée pour dire quelque chose d’une autochtonie emblématique de tous les enracinements. Les « estrangers » ne s’y trompent pas : laissant le rôle de paysan aux « gens d’ici », ils manifestent une préférence plus accusée encore que ces derniers pour le rôle de noble, comme si cette incarnation temporaire était dotée de quelque efficacité intégrative. 

       A vrai dire, cette histoire ressuscite moins le passé qu’elle ne tente de susciter un présent de la communauté locale, un présent en l’occurrence bousculé par ce qu’il est convenu d’appeler le « retour du local » (Kayser 1990 ; Hervieu, Viard 1996). Dans ce contexte particulier de recomposition des territoires et des groupes qui s’y rattachent, il ne faut pas s’étonner que l’histoire, si elle ne change pas particulièrement de fond, emprunte d’autres formes, en l’occurrence celle de la fête dite « médiévale ». Le dessein de cohésion et d’harmonie qu’à l’instar de notre histoire, poursuit toute fête, se voit comme optimisé par la référence au Moyen-Age, c’est-à-dire par une certaine représentation de la société médiévale faite de cortèges, de farandoles, rondes et tablées à n’en plus finir. 

       En fin de compte, l’histoire locale ne déconcerte jamais que ceux à qui elle ne s’adresse pas. Pour les autres, c’est-à-dire ceux d’ici, ses insuffisances, ses oublis, ses maladresses, ses défauts n’en sont pas et font partie intégrante d’une histoire qui se vit plus qu’elle ne se lit. 

  

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TOURANGEAU Rémi, 1993, Fêtes et spectacles du Québec. Québec : Nuit Blanche Éditeur. 

YERULSHALMI Yosef H., LORAUX Nicole, MOMMSEN Hans, MILNER Jean-Claude, VATTIMO Gianni, 1985, Usages de l’oubli. Paris : Seuil. 

ZONABEND Françoise, 1980, La mémoire longue. Temps et histoire au village. PUF : Paris.

 

[1] Fabre, 2001 : il s’agit là de l’ouvrage issu des recherches conduites dans le cadre de l’appel d’offres de la Mission du patrimoine ethnologique « Producteurs, productions et enjeux contemporains de l’histoire locale » (cf. compte rendu de Bernard Salques dans ce même numéro).

[2] Voir à ce propos la rubrique « Chantiers » de ce numéro.

[3] Afin de respecter l’anonymat des informateurs qui ont inspiré ces lignes, prénoms, patronymes et toponymes sont remplacés par des noms d’emprunt.

[4] Bibliothèque municipale de Carcassonne : Ms b 133.

[5]  Le manuscrit ainsi que notes de lecture et différents brouillons, soit une vingtaine de cahiers sont aujourd’hui conservés aux Archives départementales de l’Aude, 4J.

[6] Cette enquête a été conduite dans le double cadre de ma thèse de doctorat, sous la direction d’Agnès Fine, Racines et enracinement. Parenté et localité dans la France contemporaine, (EHESS, Toulouse, 2000) et de l’appel d’offres de la Mission du Patrimoine ethnologique « Producteurs, productions et enjeux contemporains de l’histoire locale ».

[7] Histoire et Généalogie en Minervois, 26, 1996, pp. 3-4.

[8] Cette plaquette a été présentée par Richard Lauraire dans le cadre du suivi d’équipes de l’appel d’offres « Producteurs, productions et enjeux contemporains de l’histoire locale ».

[9] Nous faisons ici référence au programme de développement touristique et économique mis en œuvre par le Conseil Général de l'Aude, « Aude, pays cathare » (cf. à ce propos le compte rendu du colloque de Carcassonne dans la rubrique « Chantiers » de ce numéro).

[10]  De l'occitan mostadoira, fouloir.

[11] Calina en occitan, contraction de capelina : coiffure de soleil constituée par une armature de fil de fer et de brins de joncs recouverte de calicot.

[12] Blouse portée par les femmes occupées à réaliser des bofanelas.

[13] Fagot de sarments en un seul bloc.

[14} Menu plant raciné de vigne.

[15] Fouloir.

[16] Équipe de vendangeurs.

[17] Cf. FABRE Daniel, LACROIX Jacques, 1973, La vie quotidienne des paysans en Languedoc. Paris, Hachette : 239-240.

[18] ECO Umberto, 1985, Apostille au nom de la rose. Paris : Le Livre de poche, cité par Amalvi, 1996 : 264.

[19]  Les tableaux 3 et 5 du spectacle 1996 évoquaient « les incursions périodiques des Sarrasins » et la « croisade contre les Albigeois », catapulte à l'appui.

[20] Les figurants incarnant les Moustiers d'Armentré n'auraient dû, théoriquement, entrer en scène qu'à la toute fin du spectacle. Mais plutôt que de les laisser inactifs, Danièle a invité ces figurants à se mêler aux « de la Jugie » et à évoluer dans tous les autres tableaux.