Les axes de recherche

1.    L’IMAGINAIRE SOCIAL :
MYTHES, SYMBOLES, TEMPORALITÉS
Responsable : Pr. Jean-Bruno RENARD + d'infos...

1.1 “Mythographie sociale ”.
Responsable : Jean-Bruno RENARD

2.    1.1“ Mythographie sociale ”.
Responsable : Jean-Bruno RENARD

3.    Les chercheurs de ce groupe s’intéressent à la pensée mythique à l’œuvre dans les sociétés et dans les groupes sociaux. Ils étudient les imaginaires sociaux (croyances collectives, formes de religiosité, idéologies), les mythologies contemporaines, les représentations collectives et les univers symboliques : qu’il s’agisse de la pensée utopique (Patrick TACUSSEL, David MANDIN), des rumeurs et légendes urbaines (Jean-Bruno RENARD, Isabelle BOUDREAULT), des croyances surnaturelles (Nicole MARTINEZ-SERVIER, Jean-Bruno RENARD), des communautés affinitaires (Patrick TACUSSEL, Stéphane HAMPARTZOUMIAN, Michel MOATTI, Sandrine BRETOU, Yann ENRICH, Alexandra CICCARELLI), de l’imaginaire romanesque (Séverine LIARD) ou scientifique (Marie-Pierre LAUDET, Pierre GARCIN), du corps (Jacques GLEYSE), des projections symboliques (les jeux de simulation, Delphine GRELLIER ; l’imaginaire végétal, Laurent DOMEC ; l’imaginaire minéral, Emmanuel GLEYZE ; l’imaginaire du dauphin, Emmanuel GOUABAULT ; la figure du serial killer, Olivier DOBREMEL).

Dans le cadre de ce groupe de travail, les comportements sociaux sont appréhendés à partir des formes et des contenus de l’expérience sur lesquels s’impriment les idéologies et les sensibilités collectives. À travers les œuvres qui ont marqué la naissance des sciences humaines, mais également en examinant les productions culturelles comme la littérature, la tâche de l’interprétation consiste à mettre en relief les infrastructures mentales d’une époque et la manière dont elles consolident les conceptions de la société, à en évaluer la continuité et les éléments de rupture. Certains de ces aspects, les messianismes séculiers et les utopies, ont épousé pendant plus d’un siècle des forces matérielles qui ont donné visage à la modernité et à ses métamorphoses. Elles permettent aujourd’hui encore d’éclairer les mutations contemporaines. En considérant le fait que la vie sociale est, à un degré écrasant, liée aux croyances et aux représentations concernant les fins de l’action, il paraît nécessaire d’y confronter les enjeux de la sociologie. Cette proposition rejoint, sur le plan théorique et noologique, les analyses formulées dès 1925 puis en 1936 par Karl Mannheim, visant à établir une sociologie de la connaissance capable d’intégrer la dimension évaluative des imaginaires sociaux et leurs caractères “ situationnellement transcendants ”. À cet égard, on renverra aux ouvrages de Patrick TACUSSEL : Mythologie des formes sociales. Paris, Méridiens Klincksieck (1995) et Charles Fourier. Le jeu des passions. Paris, Desclée de Brouwer (2000). Sur le plan méthodologique, cette investigation combine à la fois la phénoménologie de l’action collective (dynamique du mythe et des idéologies politiques, par exemple) et une herméneutique sociographique des images, symboles et allégories qui ont pour fonction d’asseoir les représentations du social dans ses diverses modalités (partis, associations, communautés d’intérêt, valeurs partagées, instances normatives, etc.).

 

4.    MOTS-CLEFS : MYTHES, CROYANCES COLLECTIVES, UTOPIE, IDÉOLOGIE, IMAGINAIRE, SYMBOLISME



1.2 “Temporalités ”.
Responsable : Jean-Marc RAMOS

Le groupe de recherche “ Temporalités ” est représenté au sein de l’équipe par les travaux de plusieurs chercheurs (RAMOS, FAURE, CAPO). Dans ce domaine, l’activité scientifique ne s’est pas arrêtée à la production des connaissances. La direction de l’équipe s’étant toujours montrée soucieuse de jouer un rôle dans la diffusion de la recherche, elle a donc logiquement soutenu les projets et réalisations éditoriales qui concernaient l’étude des temps sociaux. C’est ainsi que l’IRSA, par l’intermédiaire de ses membres, a largement contribué à la valorisation de la recherche sur cette question, d’abord en finançant la publication du bulletin des Temporalistes, puis en s’associant à d’autres laboratoires de sociologie pour le lancement de la nouvelle revue Temporalités, enfin en favorisant la création d’un site d’archives spécialement conçu pour la mise en ligne de plusieurs centaines de textes numérisées (www.sociologics.org/temporalistes).

Le bulletin des Temporalistes comprend à ce jour 44 numéros. Selon un article récent(1) , ce thesaurus qui rassemble 223 textes rédigés par 140 auteurs différents, constituerait l’un des meilleurs corpus pour suivre l’évolution de la recherche française en sociologie du temps sur les vingt dernières années. Cette publication a été créée en 1984 par William Grossin, qui en a partagé ensuite la responsabilité éditoriale avec Jean-Marc RAMOS. Entre 1994 et 2002, notre université a été la seule institution scientifique à soutenir financièrement les initiatives issues de cette collaboration. Ainsi, chaque année, une part du budget de l’équipe – entre 5 000 et 10 000 francs – a été consacrée à la fabrication et aux envois de Temporalistes. Cette somme a permis de diffuser gratuitement, dans un réseau de près de 300 abonnés, trois à quatre numéros par an. Au total, sur les 44 livraisons qui composent la collection, 19 numéros ont pu voir le jour depuis 1994.

(1)Charles Gadea et Michel Lallement (2001). “ French Sociology and Time : Origin, Development and Current Research ”, KronoScope, vol. 1, n° 1-2, pp. 101-128. 

Récemment, le bulletin des Temporalistes a cessé de paraître pour laisser place à un projet plus ambitieux. Il s’agit d’une revue scientifique à comité de lecture, Temporalités (Productions, Figures, Usages), dont la responsabilité éditoriale a été confiée à Claude Dubar (ex-directeur du laboratoire PRINTEMPS et actuellement directeur de l’IRESCO). L’IRSA est membre, à titre institutionnel, du comité de soutien de la revue qui rassemble les principaux laboratoires français de sociologie travaillant sur des questions temporelles : LEST d’Aix-en-Provence, IFRESI de Lille, IRSA de Montpellier, GRIOT de Paris, CEMS de Paris, PRINTEMPS de Saint-Quentin-en-Yvelines, CERTOP de Toulouse. Dans le premier numéro qui vient de paraître sous le titre Premiers Jalons, on retrouve les noms de membres de l’équipe, à la fois dans le sommaire (RAMOS et FAURE) et au sein du comité d’orientation de la revue (RAMOS). 
L’IRSA entend poursuivre son activité éditoriale sous cette forme car celle-ci offre, à certains de ses membres, des possibilités de collaboration très intéressantes. Ainsi est-il prévu de consacrer le numéro 4 de la revue au thème des “ mémoires ” et d’en confier la responsabilité éditoriale à un membre de l’IRSA (Jean-Marc RAMOS).

1.3 “Altérités, Pratiques sociales et Ritualisations symboliques ”.
Responsable : Philippe JORON
 

es phénomènes d’altérité, manifestes au niveau de l’individu et du groupe social d’appartenance dans des dynamiques de complétude ou de transformation qui peuvent être à la fois physiques et mentales, sont au cœur même d’un questionnement socio-anthropologique sur les dispositifs de rencontre et de compréhension que l’être social élabore pour se situer et donc déterminer son épaisseur existentielle en fonction de son environnement naturel et culturel. Pourquoi échanger ou imposer ses expériences, souscrire à des idéaux et des pratiques dont la puissance d’action se trouve sans doute dans la mise en commun, exister par la destruction de l’autre ou la modification, voire l’anéantissement de soi ? Si la sociologie allemande, à travers ses pères fondateurs, contribua largement à l’exploration de ces questions (Max Weber : sociologie de l’action, rationalisation, désenchantement du monde ; Georg Simmel : conditions de possibilité de la société, figure de l’étranger, conflit ; Ferdinand Tönnies : notions de communauté et de société, etc.), l’École française de sociologie, dans ses fondements durkheimiens et maussiens, proposa elle aussi un développement original de ces mêmes thématiques en défrichant notamment les problématiques du lien social, de l’anomie et de l’échange symbolique à partir de la division du travail social, de l’éducation, du suicide, du sacré, de l’effervescence sociale ou encore du sacrifice et de l’idée de don et contre-don.

Dans cette tradition, l’imaginaire et le quotidien sont aussi des champs d’investigation socio-anthropologiques privilégiés qui permettent de renouveler l’intérêt de ces questions en les situant dans une actualité qui réfléchit l’état d’incertitude et d’inquiétude de nos sociétés. Le groupe de recherche sur les Altérités propose ainsi une réflexion commune sur l’état actuel des recherches dans les domaines de l’exclusion sociale (Martine XIBERRAS), des représentations politiques (Denis FLEURDORGE), de l’addiction et des Etats Modifiés de Conscience (Martine XIBERRAS, Hélène HOUDAYER), des violences urbaines et des phénomènes festifs (Philippe JORON), de la jeunesse (Jean-Luc ROQUES), des musiques du monde (Olivier CATHUS), de l’action collective (Thierry BLIN), du sacré et du syncrétisme culturel (Clélia PINTO), de l’effervescence techno (Stéphane HAMPARTZOUMIAN), des représentations modales (Grégoire NIEHAUS), du rapport à la marginalité (David RUMEAU), etc. Pratiques sociales et ritualisations symboliques renvoient dès lors à des mécanismes culturels de confrontation et de représentation qui informent, tant les sociologies spécialisées que les politiques d’action économique, culturelle et sociale, sur de possibles modes d’appréhension de la réalité sociale contemporaine adaptés aux contraintes mais aussi aux chances du vivre-ensemble.

MOTS-CLEFS : ALTÉRITÉS, EFFERVESVENCE SOCIALE, RITES PROFANES, ADDICTION

 


2. HISTOIRE DE LA SOCIOLOGIE ET DES IDÉES SOCIALES
Responsable : Pr. Patrick TACUSSEL

Si l’histoire de la sociologie est un champ de recherche ancien et classique dans notre discipline, il n’en demeure pas moins encore ouvert à de nombreuses perspectives d’études comme en témoigne l’importante littérature contemporaine sur le sujet. Comme toutes les sciences, la sociologie est traversée par une histoire qui lui est propre et par laquelle elle se produit. Notre discipline empirique s’est ainsi progressivement dotée d’une mémoire, d’un ensemble de boîtes à outils théoriques, qui constitue un acquis tant pour les enseignants-chercheurs que pour nos étudiants. Notre équipe, qui n’oublie pas que Montpellier est la ville natale d’Auguste Comte, s’investit dans cette orientation thématique selon trois pistes singulières et complémentaires :

– celle des auteurs, notamment étrangers, à traduire et découvrir (Thierry BLIN) ;

– celle des institutions : notamment locales et montpelliéraines (Jean-Paul LAURENS) ;

– celle des idées, notamment celles du XIXe siècle (Patrick TACUSSEL).

Chacune de ces entrées renforce la légitimité de la sociologie en enrichissant et surtout en protégeant son patrimoine. Il va de soi que cette démarche historique n’a de sens que si elle nous aide à comprendre l’actualité du champ sociologique. Comme le disait Émile Durkheim : “ Si nous sortons du présent, c’est pour y revenir. Si nous le fuyons, c’est pour mieux le voir et mieux le comprendre. En réalité, nous ne le perdons jamais de vue. ”

L’histoire de la sociologie s’est surtout développée sur un palier national. Ceci fait, il est désormais possible de gagner en profondeur et de fixer notre attention sur un autre niveau : celui de l’échelon local via l’étude monographique du processus localisé d’institutionnalisation d’une discipline scientifique. Montpellier offre à cet égard un terrain d’étude particulièrement intéressant, étant donné la constance historique avec laquelle la sociologie y est enseignée.

Outre l’aspect historiographique de l’entreprise, cette approche de l’histoire de la sociologie à Montpellier est l’occasion d’aborder plusieurs thèmes classiques de la sociologie de la science et de la connaissance. Par exemple : la question des contextes institutionnels et culturels locaux : repérer les opportunités, alternatives et orientations manquées, refusées ou suivies ; s’interroger sur le processus de construction d’écoles ou de traditions en sociologie ; la question des enjeux et conquêtes de territoire entre les disciplines universitaires : mettre à jour les alliances et luttes entre la sociologie, l’ethnologie et la psychologie, où la sociologie trouvera sa place à côté puis contre la philosophie.

Chacun de nos domaines d’investigation donne lieu à un enseignement en Master pour une interaction optimale de la recherche et de la formation. Dans ce cadre, nous sommes tout particulièrement attachés à l’étude de l’histoire des idées sociologiques contemporaines à partir d’études et de traductions d’auteurs comme Alfred Schütz, George H. Mead, Herbert G. Blumer ou encore Thomas Luckmann. Ces sociologues américains permettent de s’insérer dans les débats contemporains autour de l’ethnométhodologie, de l’interactionnisme symbolique, du constructivisme social ou de la sociologie phénoménologique. Ce faisant, notre objet est de participer à la vie de la culture sociologique à travers ses paradigmes, ses traditions interprétatives et ses concepts.

Ce sont les grands axes du sujet, du soi, de l’intersubjectivité, de la cognition, de la compréhension, du rôle, de l’ordre social… qui peuvent alors être convoqués. L’enjeu de cette convocation tient dans une analyse du social comme produit de la rencontre entre des acteurs forgeant des identités, s’engageant dans des négociations, échangeant des communications, privilégiant des intérêts… Bref, des acteurs en interaction dans des espaces sociaux “ en train de se faire ”. Il ne s’agit ainsi plus, comme pour une part de l’histoire de notre discipline, d’insister de manière exclusive sur les déterminisme extérieurs agissant sur les acteurs par l’intermédiaire de normes, de règles, et de structures, mais de montrer que ces variables, créées, sont également l’objet d’un travail de “ recréation ”. Ces axes et ces paradigmes présentent par ailleurs l’avantage de pouvoir être utilisés dans différents champs sociologiques : sociologie de la déviance, sociologie des mouvements sociaux, sociologie de l’éducation, sociologie de l’exclusion…

Notre objet est ainsi de participer à la vie de la culture sociologique à travers ses paradigmes, ses traditions interprétatives et ses concepts.

Enfin, nous ne négligeons pas ce qui a contribué à faire naître l’idée sociologique au XIXe siècle. Revisiter la pensée sociale nous semble opportun. Des romanciers comme Honoré de Balzac, des utopistes comme Charles Fourier ont chacun à leur manière apporté leur contribution à l’idée sociologique que l’équipe de L’Année sociologique institutionnalisa non sans laisser sur la route quelques auteurs tels que Georges Palante ou Marcel Bernès. Comme il existe des sociologues oubliés, il est des idées méconnues qui ont pu jouer leur rôle dans la construction théorique de la sociologie… Dans la continuité de cette composante, une partie de notre équipe de recherche s’inscrit dans le champ de la sociologie littéraire. Outre les travaux déjà effectués sur H. de Balzac, une étude en cours porte sur l’œuvre d’Émile Zola. Ce dernier, se déclarant “ un peu sociologue ” dans son Roman expérimental, ne manque pas d’intérêt pour notre discipline. Au-delà de son cycle romanesque où l’on trouve quelques prémices de la sociologie ou du moins de l’ethnographie, l’auteur nous intéresse particulièrement pour son engagement lors de l’affaire Dreyfus et l’une de ses conséquences directes – suite à la publication de Manifeste des Intellectuels – qui a été l’apparition de la notion d’Intellectuel (4). Aujourd’hui, dans le pays que l’on a longtemps nommé la “ patrie des intellectuels ”, que reste-t-il du rôle et des responsabilités qui leur ont été assignés au XIXe siècle ? Pourquoi crie-t-on à leur désengagement ? Dans le paysage intellectuel que l’on dit actuellement “ en ruines ” assiste-t-on à une évolution ou à une disparition ? (Séverine LIARD, allocataire-monitrice, thèse en cours).

(4) Document publié dans L’Aurore du 14 janvier 1898 qui impose, avec le grand génie publicitaire de Georges Clemenceau, le terme “ intellectuel ”. Cette liste mettait en avant les noms célèbres pour masquer la maigreur des rangs dreyfusards. 

Chacun des axes de la composante Histoire de la sociologie de l’équipe IRSA est en étroite synergie avec les autres. Qui plus est, ils sont susceptibles de nouer des liens étroits tant avec la composante Interculturalité qu’avec la composante Imaginaire. L’histoire de la sociologie n’échappe pas davantage aux mythes fondateurs qu’aux rumeurs… Elle repose sur une communauté qui, dans le temps et l’espace, intègre et exclut…

Les enseignants de la composante Histoire de la sociologie sont également investis dans l’enseignement spécifique des perspectives énoncées précédemment.

Au niveau de la seconde et troisième année du cursus de sociologie : 

- La naissance de la sociologie au XIXe siècle (P. TACUSSEL)
(A. Comte, Ch. Fourier, É. Durkheim, Saint-Simon)
- Introduction aux approches intersubjectives (Sociologie phénoménologique, Interactionnisme symbolique et ethnométhodologie) (T. BLIN)

Master 1 Recherche en sociologie :
- Les problématiques de la sociologie critique au XXe siècle (P. TACUSSEL) 
- L’Ecole de Francfort, la critique de la vie quotidienne
- Le Collège de Sociologie : G. Bataille, R. Caillois, M. Leiris
- La phénoménologie sociale (Ph. JORON)
- Sociologie des institutions scolaires et universitaires (J.-P. LAURENS)

Master 2 Recherche en sociologie :
- La théorie des formes sociales : G. Simmel et l’épistémologie compréhensive (P. TACUSSEL)